Or, l’été est la saison où ils pratiquent leur petite industrie dans cette région boisée. En hiver, ils descendent s’enterrer dans leurs masures, au fond de la vallée.

Le chemin est désormais plus facile, la pente est presque douce. « Encore cette montée devant nous, dit Abdourrhaïm, et nous apercevrons les abricotiers de Chink. Il y en a beaucoup dans ce village, et ils portent d’excellents fruits.

— Tu connais donc Chink ?

— Ha ha… »

Mais des cris retentissent derrière nous. Un homme penché sur un sentier parallèle à la route que nous suivons appelle du bras, puis faisant de ses mains un porte-voix :

« Un âne est tombé ! »

Le vieux djiguite lâche une bordée d’imprécations et lance son cheval au galop. Pourvu que ce ne soit point l’âne qui porte le coffre contenant nos notes et les collections de plantes et d’insectes.

Me voici sur le théâtre de l’accident. Dans une petite gorge, à une quinzaine de mètres au-dessous de nous, trois montagnards, y compris Djoura-Bey, soutiennent l’âne que des broussailles ont arrêté dans sa chute. Deux hommes sont dans le haut qui tirent une corde passée au cou du pauvre animal. Il laisse pendre ses longues oreilles et garde l’immobilité d’un cadavre. Sous prétexte de le haler, on l’étrangle tout simplement. Le meurtre serait déjà consommé, si les exécuteurs avaient trouvé un point d’appui convenable sur le sentier. Je fais détacher la corde, et le pauvre animal respire, s’agite ; on l’attache par le milieu du corps, puis on le hisse lentement. Arrivé sur la terre à peu près ferme, bien que sanglant, il se dresse vivement sur ses pieds, agite la queue, secoue les oreilles et donne encore d’autres marques de contentement. On lui ajuste son bât, et nous sommes bientôt au milieu des vergers de Chink.

Ce village est situé dans une vallée bien abritée et chaude, où les tertres de terre cultivée sont nombreux. Nous sommes descendus à 4,500 pieds.

La population est de langue tadjique, en général d’une belle venue. Quelques individus ont une taille élevée, et tous ceux que nous voyons ont une mine respirant la santé. Il est vrai que nous avons eu affaire avec les plus riches d’entre les habitants.