Décidément, Pskême est plus éloigné que nous ne pensions ; la nuit est noire, et nous chevauchons encore à l’aventure, souvent au bord de l’abîme qu’on devine. Les chevaux qui le flairent s’en éloignent, et vont en posant le pied avec précaution. Voici une lumière qui brille à gauche. Serions-nous arrivés ? Nous poussons des cris d’appel, on répond, mais personne ne bouge. Nous approchons ; des chèvres, des chevaux, qui barrent le chemin, endormis sur le sol, se lèvent et caracolent dans l’obscurité comme des animaux apocalyptiques.

Près du feu qui nous attire, un jeune Kirghiz est assis tranquillement, les jambes croisées ; il regarde ébahi ces gens qui l’entourent subitement. Il se lève, car il n’est point trop rassuré. Notre première parole est pour lui demander à manger.

Il nous conduit à son aoul qui est proche ; ses frères sortent de leurs yourtes, allument vite un feu et nous offrent une bonne écuellée de lait aigre, y joignant du pain cuit sur les charbons. L’écuelle est vidée rapidement, et l’on repart derrière un des Kirghiz qui a enfourché un cheval et nous montre le chemin. On se guide avec l’oreille, d’après le bruit du trottinement devant soi.

Nous entrons dans Pskême au milieu de la nuit, et bivouaquons dans la cour du chef, à l’extrémité du village.

La matinée du lendemain est employée à préparer les provisions indispensables à notre excursion aux sources de l’Anaoulgane. Les sacs sont bourrés de riz, de pain, d’orge ; un mouton entier est transformé en iahni.

Le guide pris à Pskême nous annonce que nous irons dormir à Oustara-Sang. Notre direction est nord-nord-est, la route agréable ; il y a des arbres, des champs cultivés. Les ânes suivent presque les chevaux.

Voici deux hommes venant à nous d’un bon pas, malgré le poids qui courbe leur dos. Chacun porte, en travers des épaules, un long fusil à mèche terminé par la fourche pour viser. Ils s’appuient sur un bâton. Ils sont déguenillés, trapus, maigres, robustes. Ils s’assoient sur le revers du sentier sans quitter leurs charges, afin de nous laisser passage.

« Qu’emportez-vous là ?

— Un ahou que nous avons tué.

— Où ?