— Dans le Kara-Kiz.

— Depuis combien de temps êtes-vous partis ?

— Depuis cinq jours. »

Ils ont dépecé l’ahou (chèvre sauvage), ils ont séparé la tête du tronc, et l’ont jetée à cause de son poids ; les cornes étaient très-longues, « aussi longues que le bras ». Ils ont enveloppé la viande dans la peau qui est d’un poil roux, taillé des lanières et ficelé leur butin. L’animal a les jambes fortes, assez courtes, le sabot large. Autant que j’en puis juger, il atteignait la taille d’une petite vache.

Nous faisons aux chasseurs de belles promesses pour les décider à venir nous joindre une fois qu’ils auront déposé leur gibier à Pskême. Nous les engageons à chercher la tête qu’ils ont abandonnée ; s’ils nous la remettent, ils seront payés, et dans le cas où ils nous accompagneraient et parviendraient à tirer encore un ahou, ils peuvent être sûrs de recevoir une grande récompense.

« Volontiers, dit l’un d’eux ; demain nous serons près de vous, mais il nous faut d’abord réparer nos chaussures usées par les courses sur les cailloux ; par Allah ! vous pouvez compter sur nous. » Ils nous quittent après avoir pris cet engagement. Le soir, nous dormons à la belle étoile sur un plateau herbeux bordé d’arbustes.

De l’autre côté de la vallée, par-dessus Pskême, on voit briller dans l’obscurité les feux des nomades : ils ne tardent pas à disparaître.

Nos hommes sont décidés à ne pas laisser éteindre les nôtres : les chevaux, tournés vers l’ombre, regardent fixement dans la même direction, les oreilles droites, ainsi qu’ils font lorsqu’ils flairent un fauve. Or, il y a des tigres dans cette région.

Un vieux guide nous recommande de tenir les armes prêtes, il conseille de rassembler les bêtes et de les entraver. Lui et ses compagnons s’accroupissent près du feu, côte à côte ; de temps à autre, ils jettent une poignée de broussailles, et la flamme s’élance avec une pluie d’étincelles. La lumière, qui leur donne du courage, effraye les animaux sauvages. La nuit s’écoule sans alerte ; au réveil, on regarde du côté de Pskême, dans l’attente des chasseurs rencontrés la veille. Réflexions faites, il est très-probable qu’ils manqueront à leur parole : ils ont des vivres pour quinze jours, et nul intérêt immédiat ne les pousse à supporter de nouvelles fatigues.

La matinée est splendide, et cela met tout le monde en gaieté, même les insectes, qui voltigent, s’enfoncent gloutonnement dans les guimauves et se font prendre au beau milieu du festin. La roche Tarpéienne est près du Capitole. Je m’en aperçois moi-même, car je tombe plus d’une fois sur l’herbe glissante, au moment où j’étends la main vers un des dîneurs. Décidément, il faut abandonner les bottes et revenir aux bas de cuir que nous chaussions dans le Kohistan.