Un des frères du chef entre avec son air le plus riant :
« Veux-tu du koumis ?
— Ha ! ha !
— Koumis très-bon », affirme-t-il en secouant la tête et d’un ton convaincu.
Il s’approche d’une outre ouverte, suspendue à un piquet ; il prend entre ses mains la baratte, bâton terminé par deux bouts de lattes en croix, la fait tourner rapidement, et j’entends le petillement de la fermentation.
« Très-bon », répète le brave garçon.
Il prend une écuelle, l’emplit, me la présente en disant :
« Bois, ami, koumis très-bon. »
Et en effet, il est bon, délicieux, et je ne me souviens point d’avoir bu meilleure boisson dans une écuelle plus sale, offerte de meilleur cœur par un individu plus laid.
Avec une herbe aussi succulente que dans cette vallée de Kara-Korum et d’aussi magnifiques juments, il est naturel qu’on fabrique d’excellent koumis. Nulle part nous n’en avons bu qui valût celui-ci. C’est qu’au lieu de le fabriquer exclusivement avec le lait de jument, ainsi qu’on le doit, on y mêle presque toujours du lait de brebis, de chèvre ou de vache, et il est de qualité inférieure. Pareille chose arrive chez nous pour certains vins, lorsqu’on mélange les plants avant de pressurer.