Tout l’aoul nous entoure quand se font les apprêts du départ. Chacun nous souhaite un bon voyage.

Personne ne possédant la farine dont nous avons besoin, deux hommes offrent de nous accompagner et de nous en procurer un peu plus loin. « Le chef des tentes, disent-ils, qui est allé visiter un parent dans le voisinage, doit revenir par le chemin que nous suivons. Nous le rencontrerons. Vous lui demanderez ce qui manque, et il ira le querir. »

La route que nous avions déjà faite de nuit, suit la rive gauche du Tchotkal. Quelques champs sont cultivés où l’on a semé du blé. L’herbe gazonne les contre-forts s’abaissant doucement à notre gauche. Les bords de la rivière sont plantés d’arbres assez drus : de genévriers, de bouleaux, de saules.

Voici au sommet d’un petit tertre plusieurs Kirghiz accroupis et paraissant très-occupés ; ils nous entendent bien venir, nul bruit n’échappant à leurs fines oreilles, mais ils ne se dérangent point.

Ils ont près d’eux des sacs pleins de blé qu’ils versent dans trois silos creusés profondément dans le sol. Ils partagent entre eux le grain de la récolte, et, pour que chacun ait son compte, le mesurent exactement au moyen de la calotte de l’un deux, l’emplissant, la vidant à tour de rôle dans chaque grenier. Ce qu’ils enfouissent là, ils le retrouveront l’été prochain au retour du campement d’hiver ; ils s’en serviront pour leur subsistance et pour les semailles. Car ils grattent la terre et lui jettent du blé ; les troupeaux le broutent en herbe, à leur aise, et l’homme récolte les quelques épis qui poussent en dépit des oiseaux et grâce aux pluies.

Le chef des tentes n’a point encore fait son apparition. Le rencontrerons-nous ? Il est prudent de faire halte, tandis que Rachmed se mettra en quête de farine, d’une marmite et d’un cheval de bât qui portera les vivres.

Celui que nous attendions arrive en même temps que Rachmed et d’autres Kirghiz. Nous avons de la farine, mais pas de marmite. Personne qui veuille en céder une, chaque famille ayant juste la sienne. On veut bien vendre la farine qui est là, mais sans le sac. L’aksakal a recours aux hommes qui emplissaient les silos. Il revient avec un sac ; on verse la farine ; mais le sac est vieux, déchiré, et il importe de le réparer immédiatement.

Où trouver de quoi coudre ?…

Notre vieux Kirghiz n’est pas embarrassé de semblables vétilles ; il tire son couteau, coupe une petite branche de genévrier, la taille, l’effile, la perce d’un trou ; voilà une aiguille. Quant au fil, le bord de son manteau qu’il effiloche en fournit du solide. En un clin d’œil, l’accroc a disparu.

Reste à trouver la marmite ; notre bienfaiteur part au galop en nous promettant de rapporter ce meuble indispensable. « Il en sait une, chez un ami ; elle est ébréchée, mais peut cependant servir. »