Cette jonglerie est connue depuis des siècles.

Un auteur persan prétend en effet qu’on la pratiquait déjà du temps de Turc, fils de Japhet, et Jornandès conte qu’Attila, sur le point d’en venir aux mains avec Aétius, dans les plaines de Champagne, se conforma à l’usage de sa nation et consulta les os des animaux afin de connaître l’issue du combat et…

Mais laissons l’histoire de côté, car nous sommes à Bokhara avec Capus qui est souffrant et Tinelli qui paraît avoir une fièvre typhoïde et garde le lit. Nous restons près d’une semaine dans cette ville, et lorsque nous sommes assurés que M. Tinelli pourra être conduit à Samarcande, nous partons, car il nous reste encore bien du chemin avant la Caspienne, et l’hiver approche.

Il y aurait beaucoup à dire de Bokhara, une des plus anciennes villes du monde selon les auteurs musulmans, qui partagea longtemps le sort de Samarcande, posée comme elle sur les bords du Zérafchane et buvant aux mêmes eaux. Mais nous ne jetons qu’un coup d’œil sur l’Asie et ne pouvons nous arrêter aussi longtemps qu’il nous plairait dans les endroits qui nous intéressent, ni nous appesantir sur les questions qui nous passionnent.

Disons adieu, les larmes aux yeux, à notre pauvre compagnon Tinelli, et quittons cette ville malsaine et bien connue.

VII
SUR L’AMOU-DARYA.

Le Zérafchane. — Adieux de Rachmed. — Kara-Koul. — Les sables mouvants. — Tchardjoui : réception bruyante. — Descente de l’Amou. — Le château de Sigognac à Oustik ; déportés. — Gens pillés par les Turcomans. — Ils content leur histoire. — Radjab-Ali. — Comment s’organise une expédition dans le but de piller. — Aventures d’un déporté bokhare à Kabakli ; le commandant de cette forteresse. — Alertes. — Le passage des Tekkés. — Les gardiens du fleuve. — Outch-Outchak. — Nous quittons l’Amou.

Les dômes et les minarets de Bokhara semblent s’enfoncer peu à peu derrière nous. Ils ont disparu, le ciel est couvert, la campagne nue. Çà et là, quelques parcelles de terre sont cultivées autour des masures carrées à murs grisâtres. Le paysage est terne, et le vent froid en fait encore mieux sentir la tristesse.

Le mirza qui doit nous accompagner jusqu’à Karakoul indique du fouet, entre les saklis éparpillés, de petits amas de sable en apparence inoffensifs.

« Très-mauvais, dit-il, que Dieu nous protége ! »