Dans le camp tous les chefs civils et religieux attendent placés sur une ligne les mandarins ; là ils s’inclinent profondément en restant à leur place. Seul l’amban s’approche, complimente deux des arrivants, avec lesquels il échange une poignée de main ; ceux-ci, sans descendre de cheval, gagnent les tentes qui leur sont destinées. La foule se disperse et chacun court où sa besogne l’appelle.
Lorsque nous réfléchissons que tout ce rassemblement de peuple a lieu parce que nous sommes ici, nous trouvons qu’on nous fait beaucoup d’honneur.
Puis, les interprètes viennent nous demander si nous voulons accorder une audience aux grands personnages qui sont arrivés. Nous disons que nous serons trop heureux de les recevoir immédiatement. Notre réponse transmise, toute une troupe se dirige vers nous, ayant en tête deux individus somptueusement vêtus à la chinoise. Ils avancent bras dessus bras dessous, et l’un d’eux, petit, court, rond, voûté, s’appuie sur son compagnon. Ces deux vénérables marchent lentement, reprennent haleine tous les quinze pas. Nous restons impoliment sous notre tente et nous n’en sortons que quand la troupe est sur notre territoire.
Nous échangeons des saluts avec ceux qu’on nous présente comme le ta-lama et le ta-amban. Des porteurs déposent à nos pieds, ou plutôt sur notre provision d’argols, cinq sacs : un sac de riz, un de zamba, un de farine, un de pois chiches, un de beurre. Là-dessus nous invitons les deux ambassadeurs à s’abriter sous notre tente, où des feutres les attendent. La simplicité de notre ameublement les effarouche sans doute un peu, car ils ont l’air d’hésiter, ils font des difficultés avant d’entrer. Ils demandent la permission de s’asseoir sur leurs petits tapis, et leurs serviteurs étendent pour l’un une peau de guépard, pour l’autre un petit matelas doublé de soie. Ils excusent ces précautions en disant :
« Nous sommes vieux et fatigués. »
Les trois premiers négociateurs s’assoient auprès d’eux, en face de nous, et la conversation commence. D’abord ce sont des politesses :
« Comment vous portez-vous ? dit le ta-lama.
— Fort mal, car nous sommes dans une mauvaise place. »
Cette réponse ne laisse pas de les désorienter un peu, ils s’attendaient à plus d’amabilité de notre part, et notre connaissance le petit amban baisse la tête. Il nous avait dépeints comme des gens convenables, et, pas du tout, nous répondons avec rudesse.
Nous leur demandons à notre tour s’ils ont fait un bon voyage.