« Oui, mon vieux.

— Que dit-il ?

— Il vous souhaite bonne nuit dans sa langue », répond Abdoullah.

Les deux grands chefs s’éloignent et nous restons aux prises avec le petit amban et les deux autres négociateurs des premiers jours.

Le petit amban — qui nous a pris en affection, nous commençons à le croire — nous fait des reproches :

« Pourquoi avez-vous parlé sur ce ton à mes chefs ? Songez donc que ce sont les deux premiers de Lhaça, ils peuvent autant que les kaloun (ministres). Soyez plus aimables demain. Dites-moi ce que vous désirez. Je leur parlerai dans ce sens. Mais ne changez pas d’idées, car si vous me contredites ensuite, ils m’accuseront de m’être vendu à vous et d’avoir pris en main vos intérêts et même cherché à obtenir pour vous plus que vous ne vouliez.

— Notre désir est d’aller à Batang, ainsi que nous vous l’avons cent fois répété. Vous nous fournirez les moyens de transport, des vivres, et nous vous les payerons. C’est ce que nous voulons aujourd’hui et ce que nous voudrons jusqu’à ce que nous l’obtenions.

— Je le dirai à mes chefs, mais sans pouvoir insister, car ils se défieraient de nous, ils nous accuseraient et nous serions punis terriblement. »

Il s’éloigne sur ces mots. Nous allons nous asseoir près de notre feu d’argol et nous échangeons nos impressions sur les deux ambassadeurs.

On reste longtemps à bavarder au clair de la lune. On entend Abdoullah réciter des prières en compagnie du Doungane, sous la tente duquel il est allé se réfugier. C’est le signe qu’ils ne voient pas l’avenir en beau, car ils s’adressent toujours au ciel dans les mauvais moments. Les temps sont-ils meilleurs ? ni Abdoullah ni le Doungane ne récitent une fatiha.