Chemin faisant, nous nous apercevons que notre peau de yak, d’abord placée sur le dos d’un jeune cheval, est passée sur le dos d’une femme. Il importe de ne pas écorcher l’échine de la plus noble conquête que l’homme ait jamais faite.
Malgré l’impossibilité à peu près complète de surveiller les porteurs, nous constatons le soir que rien ne manque.
A peine notre tente est-elle dressée que notre Chinois est abordé par un Tibétain à mine intelligente qui parle quelques mots de chinois. Il lui raconte qu’il vient de Lhaça et qu’il s’y trouvait lorsque nous-mêmes étions à Dam, car le bruit de notre arrivée avait couru dans la ville. Il a trois autres compagnons, dont une jeune fille. Ils sont en voyage depuis une année. Partis de Ta-tsien-lou, où ils retournent, ils sont passés par Tsamdo et sont allés droit à Lhaça prier et recevoir la bénédiction du Tale Lama.
— L’avez-vous reçue ?
— Oui, nous avons été bénis et nous sommes contents. Dès que nous serons rentrés dans notre famille, ma sœur se mariera avec l’aîné de ces jeunes gens.
— Quel est l’autre ?
— C’est le frère de mon futur beau-frère.
— Votre beau-frère paraît bien jeune.
— Il a dix-huit ans.
— Et votre sœur ?