— Quinze ans.

— Comment vous êtes-vous décidés à entreprendre ce long voyage ?

— Nous en avons parlé entre nous quatre, et puis, étant tombés d’accord, nous sommes partis avec un peu d’argent. Aujourd’hui il ne nous en reste plus et nous mendions.

— Espérez-vous arriver bientôt à Ta-tsien-lou ?

— Nous l’espérons, mais nous ne saurions fixer la date. »

Chez nous on fait des voyages de noces ; au Tibet, des voyages de fiançailles. Aux personnes compétentes de décider laquelle des deux modes est la meilleure.

Le 25 avril nous nous élevons jusqu’à Tachiline en passant sur la rive gauche de la rivière par un pont de bois. Les piles sont des sortes de tours carrées construites avec des poutrelles dont on a rempli l’intérieur avec des pierres. On pose sur ces piles de longs madriers, on les fixe avec des cordes à une poutre transversale et l’on charge de grosses pierres les extrémités de ces madriers, pour les maintenir et peut-être pour diminuer le balancement.

A Tachiline nous devons tenir conseil avec les chefs de l’endroit afin d’obtenir des yaks pour la prochaine étape : elle est longue, elle se fait dans un désert et commence par une passe. On nous demande de partir de bon matin.

Le chef de la lamaserie nous aide, et notre personnel de demain sera composé à moitié de lamas. Ici il y en a deux cents, qui vivent dans une suite de masures assez délabrées pour que l’on conclue la pauvreté de la contrée. En effet, les indigènes cultivent peu ; ils sont plus petits que ceux d’en bas, plus misérables.

En dix heures nous atteignons Tchimbo-Tinzi, gros village avec lamaserie où l’on compte un millier d’habitants. Il est juché sur un dos d’âne isolé et bordé au sud par la rivière qui s’enfonce dans un ravin. Au nord est une vallée : elle nourrit la population, et nous y voyons des indigènes travailler sous la surveillance de lamas. Les champs sont irrigués.