Le chef de Tchimbo-Tinzi est en désaccord avec un chef voisin qui veut profiter de sa minorité pour envahir ses terres.

Le jeune chef, conseillé par les anciens, résiste ; toutefois il succombera un jour, car les autorités chinoises de Tsamdo ont été soudoyées par l’ambitieux chef de Tchimbo-Nara et elles interviendront en sa faveur. Ce serait dans le but d’affaiblir l’autorité de notre hôte.

Le lendemain, nous voyons ce chef qui a la manie des conquêtes. Nous devons l’attendre fort longtemps dans la vallée, son village étant perché comme un nid d’aigles, et lui étant complètement ivre, nous dit-on. Dès qu’il recouvre l’usage de ses jambes, il descend de son aire. C’est un énorme gaillard, à l’œil gris, qui a le tchang aimable. Il donne des ordres avec une grande décision, et met tout son monde sur les dents ; personne qui ne coure de toutes ses jambes. En fort peu de temps les yaks nécessaires sont rassemblés.

Le gros chef occupe ses loisirs à boire.

Il se tient à califourchon sur un ballot, et figure assez bien un silène très inconvenant.

De temps à autre il tire de sa solide poitrine des cris sauvages dont toute la vallée retentit. Ce sont les explosions de joie d’une bête vigoureuse, joyeuse de vivre.

Nous le quittons après un échange de paroles aimables et lui avoir acheté un mouton, au prix de 2 fr. 50 environ.

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Ayant quitté à tort les bords de la rivière, nous prenons un sentier qui nous mène près d’une ferme où nous avons une scène de mœurs tibétaines.

Dans la cour, un homme nu jusqu’à la ceinture dépouille un mouton posé sur le sol ; un enfant nu de sept à huit ans tient les pattes de la bête, et en se penchant il cache sa tête sous ses cheveux tombants. Les chiens, attentifs, guettent l’instant où on leur jettera les parties immangeables. Assise sur une pierre, appuyée à la muraillé, une belle jeune femme, la moitié de la poitrine à l’air, tient un fuseau et tord du fil dans une attitude sereine ; à ses pieds une jeune fille étire la laine. Un homme assis à côté l’entretient en souriant ; un autre aiguise une lame sur une pierre, il a le torse dévêtu et allonge les bras dans la pose du Rémouleur antique qu’on voit à Florence. Une petite fille grassouillette joue avec un jeune chien, pas plus habillée que lui. Plus bas, au beau soleil, une vieille aux cheveux courts, blancs, ébouriffés, se vautre sur des cendres en savourant son reste de vie. A son côté un chien galeux, édenté, extrêmement âgé, sommeille ; son museau pelé est posé sur ses vieilles pattes desséchées, et, comme sa maîtresse, il attend la mort sous l’azur du ciel.