Un laïque bat la paille d’orge sur les toits de la lamaserie au moyen d’un fléau double consistant en deux baguettes attachées par une courroie fixée à un manche : ces baguettes servent à couper la paille menu, car on ne la donne aux bêtes qu’après lui avoir fait subir cette préparation.

Ajoutons à ce propos que ces Tibétains prennent plus de soin de leur bétail que d’eux-mêmes. Les chevaux sont l’objet des meilleurs traitements ainsi que les yaks qui transportent nos bagages. Dès qu’ils paraissent s’affaiblir, ils sont nourris, tout spécialement, d’une bouillie faite avec des niouma, sorte de navets. On la leur verse dans la bouche à l’aide d’un entonnoir fabriqué avec une corne creusée.

A Kariméta nous obtenons assez facilement qu’on transporte nos bagages à Tchoungo, en haut de la rivière de Ta-tchou.

Tchoungo est un village assez considérable et qui doit une certaine renommée à un obo colossal dont on ne fait le tour qu’en trois minutes au pas de promenade. L’obo enserre la maison d’un lama qui en est comme le gardien.

Sans cesse, des indigènes venus de la montagne tournent autour de cet amas de prières, en ayant soin, par respect, de l’avoir à leur droite. Des vieillards eux-mêmes se traînent péniblement, en s’appuyant sur leurs béquilles, pour accomplir leurs devoirs religieux.

Le temps est superbe, nous sommes descendus à 2.700 mètres : c’est pour nous la plaine et nous jouissons enfin d’une température d’été. Le thermomètre marque dans la journée un maximum de + 25 degrés à l’ombre, et la nuit il ne descend qu’à − 3°,5.

Après quelques difficultés avec les autorités, que nous décidons, par des menaces, à nous aider, nous partons pour la grande lamaserie de Boutchi.

Au sortir de Tchoungo nous nous élevons sur des plateaux en suivant une gorge pittoresque. En deux heures nous atteignons une passe sans pierre de 4.000 mètres ; et au delà c’est une pittoresque descente à travers des roches, des genévriers, des églantiers, des rhododendrons, des broussailles et des bois de sapins.

Dans la berge de la rivière sont creusées quelques grottes où l’eau pénètre.

Les ombellifères gigantesques sont très nombreuses, elles ont des tiges grosses comme le poignet. Nous trouvons quelques passereaux, des courlis, des bécassines. La promenade nous semble charmante, jusqu’au moment où, un orage éclatant, la grêle tombe, le tonnerre gronde.