Et alors, tout joyeux, ils montrent leurs dents en souriant. Les plus jeunes en ont d’excellentes et qui sont faites pour manger. Ils posent leurs tasses et remercient en levant les pouces, puis se remettent à pétrir leur mauvaise pâte.
Leurs outils sont primitifs. Nous voyons des marteaux à une main et à manche très court ; des marteaux à deux mains et à manche très long ; des cisailles grossières à une main et une à deux mains ; une auge creusée dans un tronc d’arbre est à demi pleine d’eau, on y met le fer refroidir ; la forge est une auge en terre où brûle le charbon de bois et que l’on enflamme à l’aide des outres posées plus haut.
A côté de la forge, un tronc d’arbre posé de champ est à moitié enterré dans le sol, et dans l’épaisseur du bois un gros lingot de fer est incrusté pour servir d’enclume.
Ces lugubres ouvriers ont, en outre, des tours pour forer, consistant en deux bobines superposées ayant entre elles un intervalle et leur axe unique tenu entre deux planchettes horizontales ; le foret est en bas, dans un godet de fer, le sommet de la bobine flotte et joue dans le trou pratiqué dans la planchette du haut. Les bobines sont creuses, en bois, et remplies de sable et de limaille que recouvre une peau ; on leur imprime le mouvement de rotation au moyen de poignées en croix adaptées dans le bas.
Et voilà un antre de l’Industrie sauvage, le Creusot du Tibet, et son installation sommaire.
CHAPITRE XIII
L’EST DU TIBET
Le 8 mai, nous sommes à Lamé, petit village où les Chinois ont un poste de soldats, dont quelques-uns parlent avec peine leur langue maternelle. Deux chefs tibétains viennent nous y voir discrètement. L’un, bel homme d’une quarantaine d’années, à la tête énergique, échange quelques mots avec notre lama et repart immédiatement.
Nous le retrouvons le lendemain à Lamda, au bord de la rivière Giometchou, dont les eaux forment avec le Satchou et le Sétchou la rivière de Tchamdo, qui prend plus loin, beaucoup plus loin, le nom de Mékong.
Le chef tibétain nous remet un cata de la part de son supérieur de Tsamdo ou Tchamdo et nous prie d’exprimer nos désirs : « Ces désirs seront satisfaits, dit-il. Ici il est difficile de se procurer des provisions, mais dans deux jours nous serons à meilleure place et vous recevrez autant de riz, de mouton, de farine que vous voudrez. »
L’autorité de cet homme est certainement indiscutée dans cette région, on le voit bien à la rapidité avec laquelle ses ordres sont exécutés. C’est la première fois, depuis So, que nous constatons autant d’obéissance chez les indigènes.