— Quels sont les soldats qui ne se marient pas ?
— Les fumeurs d’opium, à qui il ne reste pas assez d’argent pour nourrir une femme et des enfants.
— Les femmes sont Tibétaines ?
— Tibétaines ou bien filles de Chinois et de Tibétaines. »
Notre interlocuteur prend congé de nous en nous saluant d’une inclination de corps et en joignant les poings.
Notre vieil interprète nous fait ensuite la confidence que, malgré son désir, il ne nous accompagnera pas à Batang, parce que notre caporal, son chef, le déteste.
« Je sais, dit-il, qu’il intrigue auprès du mandarin pour vous accompagner plus loin. Il obtiendra la permission au détriment d’un autre, car le mandarin est du Setchouen comme lui. Il me fera remplacer, cela est sûr. Tous les soldats de la garnison se disputent à qui ira avec vous, parce qu’ils savent que vous nous avez généreusement récompensés. »
Nous recommandons à l’interprète de faire pour nous une provision d’œufs, car nous ne comptons qu’à demi sur son caporal, bien que celui-ci réalise un certain bénéfice en nous fournissant des vivres. Nous sommes mis en défiance par la facilité avec laquelle ces Chinois nous ont toujours promis ce que nous leur demandions, et par l’habileté avec laquelle ils se sont excusés de n’avoir pas tenu parole. Ils nous ont encore promis pour demain du porc frais et nous nous endormons en songeant à des côtelettes rôties : elles seront excellentes.
CHAPITRE XIV
PAR LA CHINE AU TONKIN
Le 2 juin, nous nous réveillons à Tchangka après un minimum de − 4 degrés dans la nuit. Le vent souffle du sud toute la matinée, puis il cesse, et la pluie tombe.