80 livres d’huile de sésame pour les bouillies ;
Du tabac, des sacs, des pièces de feutre, etc., enfin 6.000 livres d’orge pour nos chevaux, bien que l’interprète Abdoullah et un certain Parpa, habitant de Kourla, nous disent que l’on ne doit pas se préoccuper des chevaux.
Ce Parpa a servi autrefois les voyageurs anglais Carey et Dalgleish et nous l’engageons à notre service, dans l’espoir qu’il nous fournira d’utiles renseignements. C’est un aventurier à longue barbe noire, taciturne, à l’air tragique. Il est originaire de Ferghanah et il est venu avec Yakoub-Beg dans le Turkestan chinois. Il sait ferrer les chevaux, fabriquer les selles pour chameaux et il passe pour un homme courageux.
Je vous donne ces quelques explications, cher lecteur, dans l’espoir qu’elles vous serviront le jour où vous vous déciderez à prendre le large, à voyager, à goûter l’inconnu. — C’est un régal délicieux.
Les préparatifs s’achèvent rapidement ; nous avons traité avec un Doungane moyennant un prix très élevé, mais cet homme s’adjoindra à nous avec trois serviteurs, deux Dounganes et un musulman turc de l’oasis de Hami. On espère que les ballots seront prêts en trois ou quatre jours ; nous nous mettrons aussitôt en marche.
Dans la journée du 7, nous nous promenons dans la ville et nous constatons l’insignifiance de son commerce. Nous n’y recueillons que fort peu de sucre, une soixantaine de livres, et seulement quatre livres d’une bougie exécrable.
En rentrant à la maison, nous trouvons les serviteurs de l’akim, ils nous annoncent la venue de leur maître. Bientôt arrivent, suivis d’une escorte, quelques mandarins vêtus à la musulmane, mais coiffés à la chinoise, du chapeau à globules et portant la tresse, qui est la marque de vassalité que les Chinois exigent des musulmans, dont la tête est rasée d’habitude.
Les chefs de la ville, hommes d’âge pour la plupart, entrent dans notre chambre. On les fait asseoir sur le feutre blanc étendu à leur intention et nous attendons leurs questions sans souffler mot. Ils engagent la conversation en langue chinoise, nous demandant poliment des nouvelles de notre santé, nous félicitant d’avoir fait bon voyage, nous promettant tout leur concours. Entre temps, leurs serviteurs déposent devant nous un hommage de fruits secs, de melons, d’amandes, selon la coutume du Turkestan.
Nous les remercions avec la plus grande cordialité de leur amabilité et nous attendons. Il est facile de voir que les chefs sont embarrassés ; ils échangent quelques mots, puis le plus élevé en grade prend la parole sur un ton assez solennel. Il nous expose que la coutume est de demander leurs papiers aux étrangers.
A quoi je réponds que c’est une très bonne coutume, car on ne saurait trop prendre de précautions vis-à-vis des inconnus qui s’introduisent sur le territoire d’autrui. Quant à ce qui nous concerne, il a vu par nos cartes de visite sur papier rouge et écrites en caractères chinois que l’un de nous est un prince allié aux rois de l’Occident, il doit savoir que le pacha blanc nous a facilité la traversée de ses États, et nous avons l’espoir que l’empereur de Chine ne sera pas moins aimable. Quoique nous ne comprenions pas qu’on nous demande des papiers à Kourla après qu’on nous a laissés franchir tranquillement la frontière et la province d’Ili, nous consentons cependant — pour lui faire plaisir, parce qu’il est aimable — à lui remettre la passe générale qui a été vue par le gouverneur de la province d’Ili.