Il nous demande la permission de la garder, ce que nous lui accordons d’autant plus volontiers que nous savons par Prjevalsky et d’autres qu’en Chine les papiers n’ont de valeur qu’aux endroits où ils ne sont pas nécessaires.

Après un échange de salutations respectueuses et dignes, les chefs s’en vont. Que se passera-t-il demain ? Nous prévoyons des complications, et Rachmed, que tout cela impressionne fort peu, se rend bien compte de notre situation : « C’est le commencement de nos « vieilles histoires », et les Chinois vont nous ennuyer du mieux qu’ils pourront, ce qui n’a rien d’étonnant de la part de mangeurs de cochons… »

Par « vieille histoire », notre serviteur entend les démêlés que nous avons eus fréquemment dans nos voyages chaque fois que nous prenions contact avec une peuplade ou une tribu nouvelle.

Le principal résultat de cette entrevue est de nous faire hâter nos préparatifs. Nous avons reçu les éclaireurs aujourd’hui, demain la déclaration de guerre nous sera apportée.

Le 7 au soir, avant le coucher du soleil, les chefs de Kourla arrivent en grande tenue. A peine a-t-on échangé les salutations, et les tasses de thé sont-elles servies, que l’akim prend la parole :

— Il est arrivé un courrier envoyé par notre supérieur de Karachar, qui nous charge de vous dire que vous ne pouvez continuer votre voyage avant de lui avoir rendu visite.

— Le gouverneur de Karachar est un trop petit personnage pour que nous nous détournions de notre route à son intention. S’il a besoin de nous parler, qu’il se dérange. Au reste, il a dû voir nos papiers.

— Vos papiers ne valent rien, et, pour vous dire la vérité, voici l’ordre de vous arrêter qui est arrivé d’Ouroumtchi à Karachar.

Nous manifestons un grand étonnement et le prions de nous permettre de faire lire cet ordre par l’un des nôtres. Puis la conversation continue :

— Où donc est notre passe ?