Le vieil akim baissa le nez, et, abandonnant la langue chinoise dans son émotion, il parla le turc, sa langue maternelle.

« Je ne fais qu’exécuter les ordres donnés, dit-il, je ne vous veux aucun mal, je vois bien que vous n’êtes pas de méchantes gens. Je ne sais quelle décision prendre. En vérité, mon embarras est grand. Ma tête est en jeu. Vraiment je suis comme la noix entre deux pierres ! par Allah, je suis comme la noix entre deux pierres ! »

Et il pousse un soupir qui ne me semble pas de comédie.

« Aidez-moi, poursuit-il, je vais aller à Karachar voir mon supérieur. Adjoignez-moi l’un d’entre vous, il s’expliquera et tout s’arrangera avec l’aide d’Allah. Mon embarras est grand. En vérité, je suis comme la noix entre deux pierres ! je suis comme la noix entre deux pierres ! Donnez-moi l’un des vôtres pour aller à Karachar.

— Impossible d’accéder à ta demande, akim, les explications sont données. Nous ne devons rien à ton sous-préfet, la démarche est inutile, attendu que dans le cas où l’un des nôtres irait à Karachar et que ton supérieur persisterait à nous arrêter, nous partirions malgré tout. Si ton supérieur changeait d’avis et se rangeait à notre opinion, nous aurions perdu inutilement notre temps. Si l’on veut nous parler, qu’on vienne nous voir.

— Voyez quel embarras est le mien. On veut que je vous arrête, vous avez de bons fusils, vous êtes décidés jusqu’au sang, je ne puis vous arrêter et on me l’ordonne.

— Adieu, akim, nous avons dit notre dernière parole, nous ne demandons qu’à rester ton ami et l’ami des tiens, mais à la moindre violence le sang coulera. Réfléchis. »

Le chef et son entourage se levèrent et en nous saluant il murmure ces mots :

« Je suis comme la noix entre deux pierres ! » Nous dirions : « Je suis entre le marteau et l’enclume. »

9 octobre. — Nouvelle visite de l’akim, qui nous prie, d’une mine assez hardie, d’avoir à retourner sur nos pas. Sur notre refus catégorique, il se lève sans plus insister et s’en va disant qu’il aura recours à la force, ce qui nous fait rire.