S’il consent à partir avec nous, sa décision en entraînera beaucoup d’autres.
Voilà de bonnes paroles ; on nous fait bonne figure, on promet tout, mais attendons la fin.
Tokta, avant de nous quitter, assure qu’on nous aidera si les barbes blanches des Lobis ne s’y opposent pas. Les Khotanlis nous seraient acquis.
Rachmed prétend qu’on doit croire Tokta :
« J’en suis sûr, dit-il, il nous accompagnera, car il est Saïa.
— Qu’est cela, « Saïa » ?
— Un homme comme nous, qui ne peut rester en place, par la faute de sa mère.
— Explique-toi.
— Oui, voilà ce qui m’est arrivé, ce qui a dû arriver à Tokta. Nos mères étant grosses de nous ont voyagé à dos de chameau dans le désert, elles ont promené un regard tout autour d’elles en cherchant à voir au delà de l’horizon et elles ont fait de nous des « Saïa », des coureurs de grands chemins, voulant toujours voir au delà de l’horizon. Et voilà pourquoi nous allons encore marcher vers le sud, et Allah seul peut dire quand et où nous nous arrêterons. Et nous ferons bien de partir, car la route me paraît longue et ces maudits chameaux ne vont guère vite : qu’Allah nous aide ! »
Là-dessus Rachmed me reproche de l’avoir pris à mon service alors qu’il avait à peine de la barbe, de lui avoir fait pousser plus de cheveux blancs qu’il n’en a de noirs, et, par de trop longues absences, fait « rater » plusieurs mariages avantageux. Puis, comme il est mobile, il passe à un autre ordre d’idées, fait une farce à son voisin et l’accable de ces injures que les Ousbegs profèrent sans méchanceté.