— Pourquoi n’y êtes-vous pas restés ?

— Nous avions trop tué de Chinois, de Solons, de Sibos, et au retour des Chinois, nous nous sommes sauvés.

— Maintenant que tu as passé la frontière, retourneras-tu à Djarkent ?

— Dieu m’en garde ! La terre n’y est pas bonne et l’eau est rare. J’irai à Kachgar, où j’ai la famille d’une de mes femmes.

— N’étais-tu pas marié à Djarkent ?

— Oui, et même j’avais un enfant. Il est mort la veille du jour où je me suis présenté chez vous, et j’ai rendu ma femme à son père. Je suis libre.

La facilité avec laquelle ce musulman abandonne sa femme ne laisse pas de m’étonner. Il paraît que c’est monnaie courante dans le pays.

Nous trouvons dans la province d’Ili, au delà de Mazar, beaucoup de Kirghiz sibériens, que la bonté des pâturages des affluents de l’Ili a attirés. Ils ont conservé les chefs qu’ils avaient élus étant sujets russes. Par ordre du mandarin chinois, d’accord en cela avec les tribus, ces chefs élus transmettront le pouvoir à leurs descendants.

A côté de ces Kirghiz très riches, nous voyons des Kalmouks très pauvres. Les bons pâturages, les riches troupeaux, appartiennent aux premiers ; les autres sont relégués dans les moins bonnes places, qu’ils cultivent sans acquérir l’aisance. Ces Kalmouks ne payent vraiment pas de mine. Ils sont chétifs, mal nourris, mal logés, mal vêtus, et ils ont l’air placide plutôt qu’énergique où intelligent.

Leurs voisins ne paraissent pas les tenir en haute estime, car un Kirghiz à qui je fais remarquer combien ces Mogols ont la physionomie douce, me répond en riant :