— Y es-tu allé ?
— Non. »
Décidément, lorsqu’on parle du Kizil Sou, on ne peut obtenir aucun renseignement. Je remarque une gêne chez Abdoullah Ousta ; quant à ceux qui l’entourent, ils ne disent mot et l’on doit croire qu’ils pourraient nous instruire.
« Personne n’est-il allé au Kizil Sou ? on dit cependant que l’on y trouve beaucoup d’or. Abdoullah Ousta, ne connais-tu personne qui ait vécu dans ces parages ?
— Il n’y a pas un seul d’entre nous qui soit allé au Kizil Sou. Mais je peux avouer qu’un Lobi y est en ce moment. Il est parti du Lob au commencement de l’année dernière. Nous n’en avons pas de nouvelles.
— Qu’est-il allé faire au Kizil Sou ?
— Chercher de l’or, quoiqu’il ait emporté ses armes pour chasser, mais il ne chassera que pour se nourrir, le pays étant inhabité.
— Est-il seul ?
— Oui, seul ; il n’a même pas un âne. C’est un pauvre homme que ses créanciers poursuivaient. N’ayant pas le moyen de les payer, il avait dû leur donner en gage son fils unique. Ce fils travaille pour le compte du principal créancier, qui est son maître. Le père a conçu le projet de le libérer et a demandé la permission de partir. Il a fabriqué de la poudre, et quémandé un peu de plomb, il a pris une pelisse, ses outils de travail, et s’est enfoncé dans la région où l’on trouve de l’or. Il a dit qu’on ne devait pas se préoccuper de lui, qu’il ne voulait pas revenir avant d’avoir rassemblé une somme qui suffirait à payer ses dettes et le mettrait à l’abri des créanciers jusqu’à la fin de sa vie. Il est parti au commencement de l’année dernière et nous n’en avons pas eu de nouvelles. »
Cette histoire qu’on croirait empruntée à une Bible, est-elle véridique ? ou bien Abdoullah Ousta l’a-t-il inventée pour la circonstance afin de nous montrer qu’il a le désir de nous renseigner, puisqu’il dit tout ce qu’il sait, sans toutefois rien préciser ? Nous ne savons en vérité, car lire dans le cœur d’un Oriental en défiance est très difficile. Peut-être que ces gens n’en savent pas plus long. Notre devoir est de chercher nous-mêmes, et nous ouvrirons l’œil.