— Une fois là, nous verrons ce qu’il y a à faire. Mais nous ne sommes pas encore avec les Tibétains. »

Il réfléchit un instant, puis : « J’irai où vous voudrez, dit-il, marchons ! »

J’appelle Rachmed, il s’approche de notre tente, où nous nous réjouissons tous les trois en buvant le thé, et, s’étant agenouillé, suivant son habitude, près de l’entrée :

« Quoi ? fit-il.

— Nous allons vers le sud, dis-je, nous suivrons les traces des Kalmouks aussi longtemps qu’un œil pourra les distinguer, et si nous les perdons par notre faute, nous porterons, le restant de notre vie, chacun un bonnet avec des oreilles d’âne ? Que penses-tu de mon idée ?

— Maître, répond-il, vous n’êtes content que lorsque vous cherchez des routes nouvelles. Nous passons notre vie dans les mauvaises places. Vous m’aviez parlé de la Chine au départ, et je savais bien que vous songiez au Tibet. Maintenant nous n’avons plus qu’à regarder autour de nous et à marcher en ménageant nos bêtes. Nous nous tirerons d’affaire. »

Nous mettons dans la confidence le petit Abdoullah, que cette nouvelle n’égaye point, mais il n’ose faire la moindre objection. Quant au brave Toundja, aussi surnommé Akoun, Akhan, le Chinois de Dedeken, il fait remarquer malicieusement qu’il connaît les points cardinaux et que ce n’est pas du tout vers Ouroumtchi, ni même vers Sinin-fou que nous allons marcher, comme on le lui avait promis d’abord, mais qu’il suivra son maître. Je recommande à nos trois fidèles serviteurs de ne pas ébruiter la conversation et de tâcher de persuader aux quatre Dounganes et aux gens de Tcharkalik que nous voulons chasser dans la direction du sud, avec la ferme intention, une fois la chasse terminée, de nous rabattre sur l’est, c’est-à-dire sur Bogalik, le pays de l’or.

Avant le coucher, la bande d’Abdoullah Ousta vient nous signifier qu’elle ne peut aller plus loin, que deux fois déjà ils ont voulu retourner sur leurs pas et que nous les avons retenus. Maintenant ils veulent nous quitter, car ils ne connaissent pas la route d’Ambane Achkane Davane. Il leur est répondu que Parpa, l’homme de Carey et de Dalgleish, et Timour, le chercheur d’or, nous serviront de guides pour y aller, et qu’eux-mêmes sont assez fins limiers pour revenir sur leur propre passée. Puis on leur promet une belle récompense s’ils consentent à transporter nos bagages jusqu’au delà de la passe. On les assure de tout ce qui est l’opposé d’une récompense dans le cas où ils refuseront, et ils consentent à nous accompagner jusque-là. Mais je dois prendre l’engagement solennel de ne pas les entraîner plus loin.

Ils retournent auprès de leurs feux, et, à la façon dont ils bavardent, on peut juger qu’ils sont contents et que nous leur avons inspiré confiance.

CHAPITRE VI
LA RECHERCHE D’UNE ROUTE
(SUITE.)