« Tu as raison, dit-il, et les chevaux sont petits. »

Puis, Iça est là furetant de tous côtés, il apporte des plumes :

« Oular (mégaloperdrix), dit-il, cette plume n’est pas vieille non plus », et il en serre le tube corné avec ses dents pour voir s’il est desséché. Son avis est que les hommes ont tué ces grandes perdrix, ces oulars, il y a peu de temps.

Puis c’est Abdoullah qui regarde les racines, retourne les cendres, examine le charbon, et sa mine change instantanément, il a reconquis son aplomb. « Les hommes sont tout près » ; il se réjouit et déjà il vous a un air terrible. Il ne ferait pas bon se frotter à ce gaillard-là.

Parpa seul est pessimiste et trouve que « ce n’est pas une raison pour que nous rencontrions bientôt les hommes, car les chasseurs s’éloignent parfois beaucoup des lieux habités. Peut-être sont-ce des gens qui nous surveillent sans que nous l’ayons encore remarqué. » En fin de compte cependant, Parpa conclut que cela est de bon augure. Et comme il sait quelques mots de chinois, ce qui lui permet de s’entendre un peu avec les Dounganes qui disposent de quelques mots turcs, il engage conversation avec eux. Ils viennent d’accourir en montrant des dents aimables ; très animés, ils examinent tout, et leur chef parle amicalement avec Abdoullah qu’il avait juré de tuer quelques jours auparavant. Et il me crie « Adam ! Adam ! (Homme homme) ! » avec une grande affabilité. Il est radouci.

Je lui demande son avis et il répond :

« Certainement il n’y a pas plus de quatre jours que ce feu a été allumé et que ce crottin est là. Et, de plus, je puis dire que ce ne sont pas des lamas qui ont séjourné à cette place, car en quittant un feu ils ont la coutume (?) de disperser les pierres du foyer. »


Le 18 janvier, nous voyons des singes traverser la rivière sur la glace et se jouer sur les rochers des berges. Il nous est complètement impossible d’en tuer un seul. Ce singe est de petite taille, son pelage est roux, sa queue imperceptible, sa tête petite. Cette découverte nous égaye tous, elle excite l’ardeur des chasseurs.

Nous posons notre bivouac près de la glace de la rivière, à la sortie du défilé, où elle se tord depuis les monts Dupleix. Non loin de là, sur le plateau, se trouvent les restes d’un yourt de nomades tibétains : quatre petits fours maçonnés grossièrement ; un reste de sac en laine de yak ; l’emplacement d’une tente ; ses piquets encore plantés et consistant en cornes d’orongo ; enfin des argols de dimensions moindres que ceux des yaks sauvages, appartenant à des yaks domestiques et à des métis de ces animaux.