Et, cette dernière espérance lui étant ravie, sa figure s’assombrit et il me supplie de lui dire la vérité.
« C’est un lac gelé que tu trouveras plus loin », lui dis-je très sérieusement.
Et le Petit Homme gémit : « Nous n’en sortirons jamais » :
La journée cependant se passe en réjouissances. Ces sentiers parallèles se dirigent dans le même sens, vers le sud-est, et doivent être une grande route. Il ne nous faut plus que voir des hommes pour acquérir la certitude que nous sommes bel et bien sur la route du Namtso (Tengri Nor) et de Lhaça. Demain, peut-être après-demain, nous les rencontrerons. Que se passera-t-il ?
Le lendemain 29, nous partons tard, car nous avons perdu un chameau. On le cherche dans toutes les directions ; les hommes reviennent et disent qu’ils n’ont rien vu et que l’animal doit être tombé dans un trou. Je les contrains à recommencer leurs recherches, les engageant à examiner les ravins assez profonds que les eaux ont taillés dans l’épaisseur du plateau.
Rachmed ne tarde pas à ramener l’animal ; et il nous raconte qu’il l’a trouvé dormant dans un ravin, à l’abri du vent, en plein soleil. La place était bonne, et, fatigué des longues marches, du vent glacial, le chameau ne demandait que du repos, et il ne voulait pas se lever.
Tout près de là, Rachmed a remarqué une véritable route allant vers le sud-est. Déjà nous avions indiqué la direction à prendre : nous devions nous diriger sur une plaque de glace aperçue du haut d’un mamelon. Le chemin bien frayé que le chameau avait fait trouver, passant certainement non loin de cette glace, il fut immédiatement décidé de le suivre. Et nous voici à 4.400 mètres, sur une véritable route que les troupeaux ont frayée dans la steppe. Nous observons alors que nos chevaux ne savent plus suivre cette piste bien tracée, ils s’en écartent sans raison ; quelques mois passés dans les solitudes qu’aucun chemin ne sillonne ont suffi à les déshabituer de leur routine : ils ont oublié tout ce qu’ils avaient appris dans les pays habités et ne savent plus que poser un pied devant l’autre, machinalement.
Le soir, au « camp de la Grande Route », on organise une loterie. Le gagnant sera celui qui aura dit le plus approximativement la date à laquelle nous devons rencontrer les Tibétains. Grâce à la descente, tous, hommes et bêtes, sont ragaillardis.
Qui gagnera le gros lot ? Celui qui a donné la date la plus éloignée de la rencontre l’a reportée à vingt jours. Timour est le moins pessimiste : selon lui, dans quatre jours nous apercevrons les Tibétains. A notre avis, il gagnera.