Au lieu de répondre, cet innocent nous tend la main : nous lui donnons un peu de sucre en étouffant un violent éclat de rire.
Alors, se cachant derrière notre tente, il trace sur le sable une courbe du côté du sud-est, et prenant un argol, il le pose au bout de la courbe, et d’un ton satisfait, fier de son dessin, il dit en posant le doigt sur l’argol :
« Lhaça ! » et il joint les mains.
Puis nous lui parlons de la grande saline de Boultso, ainsi nommée sur les cartes, et lui prononce « Bourbentso », et place un argol sur la courbe. Nous prononçons le nom de Namtso (le Tengri Nor des Mogols), et il pose encore un argol sur la courbe, un peu plus loin.
« Namtso, dit-il.
— Et Ningling Tanla », brusquons-nous.
Il tombe à genoux, pose un argol au sud de l’argol du lac Namtso, et prie avec ferveur la montagne sainte. Il se relève et tend encore la main : on lui donne un abricot ; il avance la tête d’un air de malice et en réclame encore deux : il les reçoit ; et alors, pour nous remercier, il ouvre une gueule de crocodile d’où sort une massive langue de bœuf couvrant son énorme menton. Quelle langue ! Dedeken pense qu’à elle seule elle remplirait une boîte à conserves.
Notre homme étant devenu familier, nous lui demandons encore :
« Combien de jours jusqu’à Bourbentso ?
— Trois jours, dit-il.