Nous reconduisons le vieux lama à sa demeure ; nous avons reconnu à ses cheveux courts qu’il n’était point laïque. Lui ayant donné quelques fruits secs, nous bavardons.
Il nous certifie que la saline près de laquelle nous avons campé hier est le Bourbentso, et il nous apprend que la chaîne de montagnes s’appelle Bourbentso Ré, c’est-à-dire montagne de Bourbentso ; que le Namtso est à quatre jours et qu’on y va par une route facile.
Ce pauvre vieux est très affable. Nous lui demandons du lait, car il possède de nombreux yaks, que nous voyons au-dessous de nous, sur les contreforts de la montagne. Il nous explique que l’herbe est mauvaise et que les mamelles sont taries.
Il a près de sa demeure de petits sacs superposés ; ils contiennent de la farine d’orge grillée.
La tente où les deux Tibétains disparaissent est faite d’une bure de laine noire. Elle est rectangulaire et couvre une surface d’environ quatre pas carrés. Elle est soutenue aux angles par des piquets d’où partent des cordes longues et tendues par d’autres piquets sur lesquels elles posent et qu’on incline ou qu’on relève selon qu’on veut tendre ou relâcher les cordes.
Et cette masse noire d’où partent des cordelettes a bien l’air d’une grosse araignée déployant les articulations de ses pattes. Cette comparaison est du père Huc. Mais cette araignée-ci n’a qu’un œil, et il est sur le dos et longitudinal ; c’est l’ouverture pour la fumée, que recouvre un faux toit. La portière s’ouvre du côté de l’est, attendu la constance des vents d’ouest, contre lesquels tout l’édifice est protégé par un mur d’argols. Ces galettes que fabriquent les yaks sont en usage pour les constructions et elles ont également servi à élever un mur en demi-lune, sorte de cour où le bétail est garanti du vent.
En faisant l’inventaire de ce domaine, nous remarquons des sortes de fours ronds, semblables à de petites tours qui viendraient à la hanche, et qui sont des silos construits sur le sol, probablement parce qu’il serait difficile de les creuser dedans. Ces « placards », en argol, bien entendu, contiennent des morceaux d’étoffe, des touffes de laine, même des chapeaux d’étoffe à forme élevée et à larges bords ; des peaux de yaks sont étendues près de la tente, pêle-mêle avec de petits pots ronds de terre rouge et sonore.
Des plaques de schiste, où sont gravées des prières, sont déposées derrière la tente, c’est-à-dire du côté du vent d’ouest, qui les prie en passant. C’est là tout l’ameublement.
Il serait temps cependant que les Tibétains fassent preuve de bonne volonté à notre égard, car notre vieil Imatch est sans force. Il ne peut se tenir debout, il ne se traîne plus que sur les genoux. On doit le charger sur son cheval. Hier le pauvre homme demandait que nous l’abandonnions.
« Je suis perdu, disait-il, je ne vous suis d’aucune utilité : laissez-moi sur la route ».