Nous le soignons de notre mieux, mais nous ne pouvons le soulager.
Parpa est tombé plusieurs fois pendant l’étape et l’on a dû l’aller chercher avec un chameau à quelques centaines de pas du bivouac, qu’il n’avait pu atteindre.
Le petit Abdoullah gémit sans cesse ; il ne peut marcher qu’en se tenant à la sangle d’un chameau et il est incapable de porter son fusil.
Il nous faut absolument des chevaux, et nous en prendrons dès que l’occasion se présentera.
Le 12 février, un violent vent d’ouest porte le dernier coup à notre vieil Imatch.
Au moment de partir, il sanglote. On pourrait croire qu’il a le délire. Il demande Parpa, car « je suis fini », dit-il, et il lui rappelle qu’il est son débiteur : « A Tcharkalik, tu t’en souviens, je t’ai acheté des bottes et tu n’en as pas reçu le prix. Si Allah m’aide et que je me refasse, je te les payerai. Si Allah ne veut pas me porter plus loin et que je meure — vous m’entendez tous — tu te payeras avec le peu que j’ai et tu garderas le reste, car tu m’as donné à boire pendant la nuit. »
J’essaye de redonner courage à Imatch, mais c’est en vain : « Nous arriverons bientôt à une ville, notre voyage est terminé ; nous t’aimons tous, nous te soignerons. »
— Merci, répond-il, merci. Excuse-moi si je ne fais pas le service, mais je ne puis. La mort est là, elle a déjà pris mes jambes. Pardonne-moi ! Je ne pleurerai plus, je ne me découragerai plus. C’est fini. »
Nous chargeons le pauvre homme et nous partons désolés. Nous contournons des contreforts, puis reprenons notre direction sud-est. Pour la première fois, nous voyons sur la tête de trois affreuses femmes une coiffure haute et semblable à un bonnet de pope.
Dans les fondrières qui bordent un lac nous apercevons ensuite des hommes campés, et, à proximité, cinq ou six chevaux. Il n’y a pas une minute à perdre. Nous exécutons un mouvement tournant, parfait au point de vue stratégique, mais pour lequel il nous manque des masses.