Le désir de Gabriel Ferry était satisfait : il avait vu le désert !
Il revint sur ses pas, et, quelque temps après, il rentrait à Mexico, dont il était absent depuis quatorze mois.
« Peu s’en fallut, dit-il, que les amis qui venaient au-devant de moi ne crussent faire une fâcheuse rencontre dans le voyageur aux habits en lambeaux et couverts de poussière, à la barbe inculte, au visage hâlé, qui se présentait devant eux. J’avais quitté Mexico depuis quatorze mois, pendant lesquels j’avais fait à cheval, dans l’intérieur de la République, plus de quatorze cents lieues : c’est la distance à peu près du Havre à New-York.
Rentré dans la vie civilisée, je dépouillai mon accoutrement de voyageur, dont je ne gardai que les longs éperons que j’avais si longtemps chaussés et le sarape qui m’avait abrité de la rosée de tant de nuits froides comme du soleil de tant de jours brûlants. »
II
Gabriel Ferry revint du Mexique au commencement de 1837. Il y était resté environ sept ans. Il dut à ce long séjour de connaître les mœurs mexicaines dans leurs moindres détails. Mais ce ne fut que plus tard qu’il raconta les aventures qui lui étaient arrivées et les choses curieuses qu’il avait vues. Jamais les lettres ne furent son occupation principale ; elles devinrent pour lui un délassement de ses affaires, une occasion de rappeler et de fixer des souvenirs chers.
En 1840, Gabriel Ferry avait acheté une charge de courtier d’assurances maritimes, charge dont il se démit en 1844 pour devenir directeur général d’une grande Compagnie d’assurances maritimes, l’Espérance. Ce fut dans le cours de cette même année qu’il écrivit pour l’Illustration, sous le titre de Révolutions du Mexique, l’histoire animée des hommes qui, de 1817 à 1843, ont pris une part active dans les affaires de ce pays. Ces biographies, faites avec intérêt et fidélité, furent remarquées.
Bientôt la Revue des Deux-Mondes accueillit le récit du Pêcheur de perles, qui ouvre la série des Scènes de la vie sauvage au Mexique. Le succès de ce premier récit fut tel, que les colonnes de cette publication lui furent désormais ouvertes.
Les Scènes de la vie sauvage forment le premier volume des œuvres de Gabriel Ferry, et c’est peut-être le meilleur.
Bientôt il lui donna pour pendant les Scènes de la vie mexicaine proprement dite, c’est-à-dire le récit des événements dont il avait été acteur ou témoin à Mexico même, et ils ne lui firent pas défaut. Le cadre change de nature dans ces nouvelles scènes, mais les faits ne sont pas moins surprenants. A force d’originalité, ils semblent imaginaires ; ils paraissent empruntés à quelque fiction fantastique. Le roman est tellement dans les mœurs au Mexique, que celui qui veut les retracer fidèlement s’expose à passer pour un conteur peu scrupuleux, quand il n’est que simple historien.