Néanmoins ses sentiments contre l'empire étaient très vifs. En 1853 dans une autre lettre, il dit qu'il ne veut plus signer d'articles dans l'Athéneum français «parce qu'on y a inséré des vers à la Montijo. Ce ne sera qu'en faisant ligue et résistance sur tous les points, qu'on sortira de cette infamie.»]

[5: Renan qui voulait faire de son cours un enseignement de pure philosophie, le reprit aussitôt chez lui pour ne pas en priver ses élèves. Il écrit le 25 septembre 1863: «Je vais faire chez moi le cours que j'aurais fait au collège de France. Mon cabinet est bien petit; quand il faudra, j'en prendrai un autre. Je veux qu'aucune personne de celles qui ont vraiment besoin pour leurs travaux de cet enseignement, n'en soit privée. Je crois d'ailleurs l'expérience bonne à faire au point de vue de la liberté générale de l'enseignement.»]

[6: Il écrivait le 24 août 1863, au plus fort des attaques: «Ma résolution de ne pas entrer dans tout ce bruit, les embarras du voyage, le bruit du vent et de la mer m'arrêtèrent…

»On a trouvé moyen de faire partir la calomnie de si bas, que pour la relever je serais obligé de me salir. Par caractère, je suis tout à fait indifférent à cela; je ne crois pas que cela fasse du tort au progrès des idées saines.»]

[7: Voici en quels termes il défendait, le 28 août 1863, son procédé de reconstitution historique: «Je ne crois pas que cette façon de tâcher de reconstituer les physionomies originales du passé, soit si arbitraire que vous semblez le croire. Je n'ai pas vu le personnage; je n'ai pas vu sa photographie; mais nous avons une foule de détails de son signalement. Tâcher de grouper cela en quelque chose de vivant, n'est pas si arbitraire que le procédé tout idéal de Raphaël ou du Titien. Quant au charme de Jésus, il a dû principalement se distinguer par là, bien plus que par la raison ou même par la grandeur. Ce fut avant tout un charmeur…»]

[8: Il eut dès l'origine ces délicats scrupules de conscience. Il écrivait en 1853 à un ami spiritualiste: «Vous savez que sur les choses divines, je suis un peu hésitant… J'accepte de tous points votre morale; j'y trouve la plus parfaite expression de ma manière de sentir sur ce point… En général, vous portez dans votre langage métaphysique, plus de détermination que moi; j'ai un peu moins de confiance dans la compétence du langage humain pour exprimer l'ineffable… En même temps que je désirerais introduire le devenir dans l'être-universel, je sens l'absolue nécessité de lui accorder la conscience permanente. Il y a là un mystère dont je n'entrevois pas la solution.»]

[9: Nous devons à des communications d'un prix inestimable et dont nous sommes profondément reconnaissant d'avoir pu donner à cette étude l'attrait de l'inédit.

Nous exprimons notre gratitude à madame Taine, qui a bien voulu nous communiquer les lettres de Taine à Paradol et qui nous a guidé dans toutes nos recherches; à M. Louis Havet, qui a mis à notre disposition seize lettres adressées par Taine à M. Ernest Havet; à M. Paul Dupuy, qui a consulté pour nous les archives de l'École normale. On lira avec fruit les articles sur Taine publiés, en 1893, par M. E. Boutmy dans les Annales de l'École des sciences politiques, par M. Th. Froment dans le Correspondant, par M. Faguet dans sa Revue bleue. M. A. de Margerie a consacré à Taine un livre sérieux et respectueux où il cherche à démontrer que Taine revenait dans ses dernières années aux idées conservatrices et catholiques.]

[10: On a souvent dit et écrit que Taine dans sa jeunesse avait connu la gêne, sinon la misère. On a été jusqu'à attribuer sa mauvaise santé aux privations de ses années d'étude. Rien de plus inexact. Taine a toujours été délicat; le travail seul a contribué à altérer sa santé et il n'a jamais senti peser sur lui le fardeau des nécessités matérielles. Même si son indépendance de pensée n'avait pas été garantie par son indépendance de caractère, elle l'eût été par son indépendance de fortune. Sans doute il a regardé comme un devoir de se suffire à lui-même pour ne pas être à charge à sa mère, mais il n'a jamais écrit une ligne, ni donné une leçon par besoin d'argent.]

[11: On trouvera un article sur Marcelin dans les Derniers essais de critique et d'histoire.]