Le pont du chemin de fer dépassé, après une course de cinq minutes au bord de l'eau, je m'asseois tant bien que mal sur un siège rustique fait de quelques pierres assemblées, et me sentant idoine au labeur poétique, je griffonne sur mon genou ces vers que je vous donne comme ils sont venus, à savoir, écrits d'une haleine et sans le consécutif travail d'élimage et d'arrangement que réclame la figuration en de savantes anthologies. Gardez-les précieusement; peut-être aurez-vous grand peine à les reconnaître plus tard en le recueil futur où les colligera le souci de ma gloire. Or, les voici:

LE MESSAGE DU VENT.

Pour toi la douce et la meilleure, aussi l'aimée,

Dont le sourire m'est un clair rayonnement,

Pour toi dont je ne sais qu'avec un tremblement

Evoquer la mémoire en mon cœur enfermée.

Afin qu'il te soit dit par la brise du soir,

J'abandonne au zéphyr du matin ce poème,

Le voyageur ailé, le vent, ce vieux bohème,