[42] C’est toujours faire quelque progrés, si on ne peut pas passer outre.
je feray quelque petit effort, & marcheray jusques à ce que je sois las ou hors du droit chemin, alors je me reposeray, & attandray quelque nouvelle connoissance ou instruction pour passer plus outre. Le bon homme Aratus qui n’entendoit pas grand’chose en l’Astrologie, fit toutefois un beau Livre de ses Phenomenes ; Celse qui n’estoit que pur Grammairien, a nonobstant composé un livre de grande importance en Medecine : Dioscoride estoit soldat, Macer Senateur, & tous deux ont fort bien écrit des plantes ; Hippodamus même de simple architecte & masson devint grand Politique, & auteur d’une Republique mentionnée par Aristote. Aussi j’ay toujours esté de cette opinion, que quiconque a tant soit peu de naturel & d’acquis par les estudes, il peut inferer & deduire de cinq ou six bons principes, toutes sortes de conclusions, comme Pline dit, que les Peintres anciens faisoient leurs plus belles pieces par le meslange de quatre ou cinq sortes de couleurs seulement. On peut aussi ajouster, que les sciences semblent estre comme enchainées, & cadenacées les unes avec les autres, & avoir une telle correspondance, que qui en possede une, possede aussi toutes celles qui luy sont subalternes. Et de plus que le siecle où nous sommes, semble beaucoup favoriser ce dessein, puis que l’on peut à peu prés sçavoir & découvrir tous les plus grands secrets des Monarchies, les intrigues des cours, les cabales des factieux, les pretextes & motifs particuliers, & en un mot, [43]quid Rex in aurem Reginæ dixerit, Quid Juno fabulata sit cum Jove, (Plaut.) par le moyen de tant de relations, memoires, discours, instructions, libelles, manifestes, pasquins, & semblables pieces secrettes, qui sortent tous les jours en lumiere, & qui sont en effet capables de mieux & plus facilement former, dégourdir, & deniaiser les esprits, que toutes les actions qui se pratiquent ordinairement és Cours des Princes, dont nous ne pouvons qu’à grand’peine connoistre l’importance, faute d’avoir penetré dans leurs causes, & divers mouvemens. Bref pour finir en peu de mots ce qui concerne le particulier de ma personne,
[44]Quod Cato, quod Curius sanctissima nomina quondam
Senserunt, non quid vulgus, plebsque inscia dicat,
Mente agito, atque mihi propono exempla bonorum.
(Paling. in Tauro.)
[43] Ce que le Roy a dit en secret à la Reine, & les discours que Junon a tenus à Jupiter.
[44] Je ne pense point à ce que pourra dire le vulgaire, & la populace ignorante, mais je medite sur les sentimens qu’ont eu jadis Caton & Curius, dont les noms sont en grande veneration, & me propose toujours l’exemple des gens de bien.
Il est bien vray que ce dessein estant un des plus relevez que l’on puisse choisir en toute la Politique, il en sera d’autant plus difficile ; mais aussi me fait-il esperer que la fin en sera plus glorieuse ; pour moy je me suis toujours plû de dire avec Properce,
[45]Magnum inter ascendo, sed dat mihi gloria vires ;