[102] Afin que cette femme dont la fecondité estoit reconnuë, & qui estoit en la fleur de son âge, ne portast en une autre maison l’illustre tige des Cesars.

[103] Combien il y alloit de l’interest de la Republique.

[104] Il faut faire cela afin que toute l’autorité ne viene point entre les mains d’un seul peuple.

[105] O, si nous pouvions faire approcher ce petit coin, qui defigure maintenant nostre terre, & la rend inégale.

Ajoustons encore que le droit de guerre ne permet point, que ceux-là soient en aucune façon outragez, qui mettent les armes bas pour implorer la misericorde du vainqueur ; & neanmoins lors que la quantité des prisonniers est si grande qu’on ne les peut facilement garder, nourrir & mettre en lieu de seureté, ou que ceux de leur party ne les veulent racheter, il est permis de les mettre tous bas par Maxime, d’autant qu’ils pourroient affamer une armée, la tenir en défiance, favoriser les entreprises de leurs compagnons, & causer mille autres difficultez. Et pour cette raison Alde Manuce (Discorso 3.) a creu, de pouvoir legitimement excuser Hannibal, de ce que en partant d’Italie il fit tuer au temple de la Deesse Junon tous les captifs Romains qui ne le voulurent pas suivre ; encore qu’eu égard à cette action & à quelques autres, Valere Maxime ait dit de luy, [106]Hannibal cujus majore ex parte virtus sævitia constabat. On peut encore rapporter à semblables maximes, les façons de faire, ou coustumes particulieres de certains peuples en ce qui est de leur gouvernement ; comme par exemple celle de nostre Loy Salique, si religieusement observée touchant la succession des Masles à la Couronne & l’exclusion des femmes, au moyen de laquelle le Royaume fut preservé pendant la Ligue de l’invasion des Espagnols : les bons & fideles François ayant protesté de nullité contre toutes les poursuites étrangeres, & donné congé à ces beaux Corrivaux par le texte formel de la Loy,

[107]Francorum Regni successor masculus esto.

[106] Hannibal dont la vertu consistoit pour la plus grande partie en cruauté.

[107] Que le successeur du Royaume de France soit mâle.

De même nature est aux Chinois la loy qui defend sur peine de mort l’entrée de leur Païs aux étrangers ; au Grand Turc la coustume de faire mourir tous ses parens ; au Roy d’Ormus de les aveugler ; à l’Ethiopien de les enfermer sur le plus haut coupeau d’une montagne inaccessible ; l’Ostracisme aux Atheniens ; la Matze aux peuples de Valaiz en Allemagne ; le Conseil des Discoles aux Luquois ; le Lac Orfane à Venise ; l’Inquisition en Espagne & en Italie, & autres semblables loix & façons de faire particulieres à chaque nation, qui n’ont toutes pour fondement autre droit que celuy de l’Estat, & neanmoins sont tres-religieusement observées, comme estant du tout necessaires à la manutention & conservation des Estats qui les pratiquent.

Finalement la derniere chose que nous avons dit cy-dessus devoir estre considerée en la Politique, est celle des Coups d’Estat, qui peuvent marcher sous la même definition que nous avons déja donnée aux Maximes & à la raison d’Estat, [108]ut sint excessus juris communis propter bonum commune, ou pour m’étendre un peu davantage en François, des actions hardies & extraordinaires que les Princes sont contraints d’executer aux affaires difficiles & comme desesperées, contre le droit commun, sans garder même aucun ordre ny forme de justice, hazardant l’interest du particulier, pour le bien du public. Mais pour les mieux distinguer des Maximes, nous pouvons encore ajouster, qu’en ce qui se fait par Maximes, les causes, raisons, manifestes, declarations, & toutes les formes & façons de legitimer une action, precedent les effets & les operations, où au contraire és Coups d’Estat on void plustost tomber le tonnerre qu’on ne l’a entendu gronder dans les nuées, [109]ante ferit quam flamma micet, les matines s’y disent auparavant qu’on les sonne, l’execution precede la sentence ; tout s’y fait à la Judaique ; l’on y est pris [110]de Gallico sur le vert & sans y songer ; tel reçoit le coup qui le pensoit donner, tel y meurt qui pensoit bien estre en seureté, tel en patit qui n’y songeoit pas, tout s’y fait de nuit, à l’obscur, & parmy les brouillars & tenebres, la Deesse Laverne y preside, la premiere grace qu’on luy demande est,