[111]Da fallere, da sanctum justumque videri,
Noctem peccatis, & fraudibus objice nubem.
(Horat.)
[108] Qu’elles sont un excés du droit commun, à cause du bien public.
[109] Il frape avant que d’éclater.
[110] Selon le proverbe François.
[111] Fai qu’on se trompe & que je paroisse juste & saint, couvre mes pechés d’une nuit & mes fraudes d’une nuée.
Ils ont toutefois cela de bon que la même justice & equité s’y rencontre que nous avons dit estre dans les Maximes & raisons d’Estat ; mais en celles-là il est permis de les publier avant le coup, & la principale regle de ceux-cy est de les tenir cachées jusques à la fin. Et qu’ainsi ne soit les executions notables du Comte de S. Paul sous Louys XI, du Maréchal de Biron sous Henry IV, du Comte d’Essex sous Isabelle Reyne d’Angleterre, du Marquis d’Ancre sous le Roy à present regnant, des deux freres sous Henry III, de Majon sous Guillaume premier Roy de Sicile, de David Riccio sous Marie Stuart Reine d’Escosse, de Spurius Melius Chevalier Romain sous Ahala Servilius Colonel de la Cavallerie Romaine, & de Seianus & Plautian sous divers Empereurs ont esté toutes aussi legitimes & necessaires les unes que les autres, & toutefois les trois premieres doivent estre rapportées aux Maximes & raisons d’Estat, parce que le procés fut instruit auparavant l’execution ; & toutes les autres aux secrets & Coups d’Estat, parce que le Procés ne fut fait qu’en suite de l’execution. Nous y pouvons aussi apporter cette difference, que quand bien les formalitez auroient precedé l’execution, si neanmoins la religion y est grandement profanée, comme lors que les Venitiens disent, [112]somo Venetiani, dopo Chrestiani ; qu’un Prince Chrestien appelle le Turc à son secours ; que Henry VIII fit revolter son Royaume contre le saint Siege ; que le Duc de Saxe fomenta l’Heresie de Luther, que Charles de Bourbon prit Rome & fut cause de la prison du Pape & de la mort de trois Cardinaux : ou que l’affaire est du tout extraordinaire & de tres-grande consequence pour le bien & le mal qui en peut arriver ; alors on se peut encore servir du terme de Coup d’Estat, comme on pourra juger par le denombrement suivant de quelques-uns, qui ont esté pratiquez, non par des Turcs infideles ou Canibales ; mais par des Princes Chrestiens, tels qu’ont esté pour ne point flater ny épargner nostre Nation, les Roys de France, entre lesquels Clovis premier Roy Chrestien, en commit de si étranges, & de si éloignez de toute sorte de justice, que je ne sçay pas quelle pensée a eu le bon homme Savaron, de faire un livre de sa sainteté : Charles VII se contenta de pratiquer celuy de Jeanne la Pucelle ; Louys XI viola la foy donnée au Connestable, trompoit un chacun, sous le voile de Religion, & se servoit du Prevost l’Hermite pour faire mourir beaucoup de personnes sans aucune forme de procés ; François I fut cause de la descente du Turc en Italie, & ne voulut observer le traitté fait à Madrit ; Charles IX fit faire cette memorable execution de la Saint Barthelemy, & fit assassiner secretement Lignerolles & Bussy ; Henry III se défit de Messieurs de Guise ; Henry IV fit la Ligue offensive & defensive avec les Hollandois, pour ne rien dire de sa conversion à la Foy Catholique ; & Louys le Juste, duquel toutes les actions sont des miracles, & les Coups d’Estat des effets de sa justice, en a pratiqué deux notables en la mort du Marquis d’Ancre, & au secours des Valtelins. Pour les Venitiens s’il est vray qu’ils tiennent la maxime rapportée cy-dessus, il faut avoüer qu’ils demeurent plongez dans un continuel Machiavelisme, afin de passer sous silence beaucoup d’autres qu’ils commettent tous les jours : Les Florentins en se réjoüissant de la captivité de S. Louys en la terre Sainte, ne commirent pas un secret d’Estat ; mais une action tres-blasmable & honteuse, [113]e nota, dit le Villani, che quando questa novella venne in Firenze signoreggiando, Gibellini ne fecero festa à grandi fallo. Entre les Papes on peut remarquer la prison de Celestin, le poison d’Alexandre sixiéme, l’assassinat intenté & non parfait du fra Paulo, comme preuves tres-certaines, qu’ils ne dépoüillent pas toute leur humanité lors de l’élection. Charles d’Anjou Roy de Sicile fit decapiter Conradin & Frederic d’Austriche : Pierre d’Arragon autorisa les Vespres Sicilienes. Alphonse Roy de Naples, & Alexandre sixiéme eurent recours à Bajazet contre les forces de nostre Charles VIII : Henry VIII fit revolter l’Angleterre contre le saint Siege ; Charles V ne tint conte d’infeoder le Milanois au Duc d’Orleans, comme il avoit promis lors qu’il passa par la France ; le même pouvant ruiner les Protestans, il s’en servit pour nous faire la guerre, & les appella ses bandes noires ; il détourna ce que l’Allemagne avoit contribué pour la guerre du Turc à ruiner François premier, sa haine contre le Roy d’Angleterre à cause de sa tante fit roidir Rome contre Henry VIII, & donna occasion par ce moyen au schisme qui en survint, aprés lequel il se ligua avec luy, & le fit armer contre le Royaume de France : son Lieutenant Charles de Bourbon prit Rome, & y établit une telle persecution contre les Ecclesiastiques, [114]che non vi era Huomo che havesse ardire, di andar per la via in habito di chierico, ò di frate : (Il dialogo di Charonte.) Bref il se fit de son temps, & par son commandement un tel carnage d’hommes aux Indes, & païs nouvellement découverts, qu’il ne s’en est jamais fait un pareil. Philippes second ne voulut jamais permettre que le Pape se meslast de l’affaire de Portugal ; & fit pendre tous les soldats François, qui allerent au secours de Dom Antonio ; & qui ne sçait par quels moyens il traversa la reduction à l’Eglise de Henry IV & sa reconciliation avec le saint Siege, il le peut apprendre du Cardinal d’Ossat, qui a fort bien enregistré dans ses lettres tous les artifices qui furent lors pratiquez contre nostre Monarchie. Or ces exemples tirez de l’Histoire de dix ou douze Princes seulement, estant en si grand nombre, je croy qu’ils pourront aussi servir de preuve tres-veritable, pour monstrer, qu’encore que les écrits de Machiavel soient defendus, sa doctrine toutefois ne laisse pas d’estre pratiquée, par ceux même qui en autorisent la censure & la defense.
[112] Nous sommes Venitiens, & puis Chrestiens.
[113] Et remarquez que quand cette nouvelle vint à Florence, les Gibellins en firent une grande réjoüissance, mais mal à propos.