[136] On permet à l’Antiquité qu’en mélant des choses humaines parmy les divines, elle rende plus augustes les commencemens des villes.
[137] Car elle couvrit ses bras & ses jambes d’une robe, & la teste d’un turban ; & afin qu’elle ne semblast pas cacher quelque chose sous ce nouvel habit, elle ordonna que tout son peuple en prist de semblables, laquelle mode ce peuple garde encore.
[138] Au commencement s’estant travestie elle fut prise pour un garçon.
[139] De sa fille, dont l’ombre des sarmens couvroit toute l’Asie.
[140] Le grand Alexandre & le Romain sont estimés avoir esté conceus d’un serpent & d’un Dieu.
Car pour Alexandre il fit croire que Jupiter avoit accoustumé de venir voir & de se réjouïr avec sa mere Olympias sous la figure d’un serpent, & que lors qu’il vint au monde, la Déesse Diane assista si assiduement aux couches de ladite Olympias, qu’elle ne songea pas à secourir le temple qu’elle avoit en Ephese, lequel dans cet intervalle fut entierement consommé, par un fortuït embrasement. Quoy plus, afin de mieux établir l’opinion de sa divinité dans la croyance de ses sujets, il disposa les Prestres de Jupiter Ammon en Egypte, [141]ut ingredientem templum statim ut Ammonis filium salutarent ; (Justin. l. 11.) & pour mieux joüer encore son personnage, [142]Rogat num omnes patris sui interfectores sit ultus, respondent patrem ejus, nec posse interfici, nec mori ; il en vint même aux effets, commandant à Parmenion de démolir tous les temples, & d’abolir les honneurs que les peuples de l’Orient rendoient à Jason, [143]ne cujusquam nomen in Oriente venerabilius quam Alexandri esset. Ajoustons à cela que certains captifs luy ayant donné la connoissance du remede dont on se pouvoit servir contre les fléches empoisonnées des Indiens, il fit croire auparavant que de le publier, que Dieu le luy avoit revelé en songe. Mais cette insatiable cupidité l’ayant conduit jusques à se faire adorer, il reconnut enfin par les remonstrances de Callisthenes, par l’obstination des Lacedemoniens, & par les blessures qu’il recevoit tous les jours en combatant, que toutes ses forces ne seroient jamais suffisantes pour pouvoir établir cette nouvelle Apotheose, & qu’il faut une plus grande fortune pour gagner une petite place dans le ciel, que pour dompter icy bas & dominer toute la terre. Que si l’on veut ajouster à ces histoires celles de la mort de son Pere Philippe, de laquelle il fut consentant avec sa mere Olympias, & celle aussi de Clytus, qu’il tua de sa propre main, parce qu’il s’estoit acquis trop d’autorité entre les soldats, l’on trouvera qu’Alexandre pratiquoit en secret ce que Cesar a fait depuis tout ouvertement, [144]si violandum est jus, regnandi causa. Quant à Romulus, il se mit en credit par les histoires du Dieu Mars, qui pratiquoit familierement avec sa mere Rhea ; par celle de la Louve qui le nourrit ; par la tromperie des Vautours, la mort de son frere, l’Asile qu’il établit à Rome, le ravissement des Sabines, le meurtre de Tatius qu’il laissa impuny, & finalement par la mort en se noyant dans des marests, pour faire croire que son corps avoit esté enlevé dans les cieux, puis qu’on ne le pouvoit trouver en terre. Or si l’on ajouste à ces Coups d’Estat de Romulus, ceux que Numa Pompilius son successeur prattiqua au moyen de sa nymphe Egerie, & des superstitions qu’il établit pendant son Regne, il sera facile en suite de juger,
[145]Quibus auspiciis illa inclita Roma
Imperium Terris animos æquavit Olympo.
(Virgil.)
[141] Que dés qu’il entreroit au temple ils le salüassent comme le fils de Jupiter Ammon.