[142] Il demanda s’il ne s’estoit pas vengé de tous les meurtriers de son pere, & ils répondirent que son pere ne pouvoit ni estre tué ni mourir.

[143] Afin qu’il n’y eût point de nom en Orient plus venerable que celuy d’Alexandre.

[144] S’il faut violer le droit, c’est pour regner.

[145] Par quelle fortune cette fameuse Rome, a maistrisé toute la terre, & a porté son ambition aussi haut que l’Olympe.

Il est encore à propos de remarquer, que tout ainsi que cette domination Monarchique ne s’estoit pû établir sans beaucoup de ruses & de tromperies, il n’en fallut aussi gueres moins pour la détruire, lors que les Tarquins estant chassez de Rome à cause du violement de Lucresse, on changea l’Estat d’un Royaume en celuy d’une Republique. Car nous y pouvons premierement remarquer la folie simulée de Junius Brutus, sa cheute feinte, son baston de sureau presenté à l’oracle, & en suite l’execution qu’il fit faire de ses deux fils, tant parce qu’ils estoient amys des Tarquins, & accusez de les avoir voulu remettre dans la ville, qu’aussi parce que l’education qu’ils avoient receuë durant l’Estat Monarchique, estoit directement contraire à celuy qu’il vouloit établir : & pour couronner toutes ces actions par quelque grand Coup d’Estat, & par un vray [146]arcanum Imperii, il fit chasser de Rome Tarquinius Collatinus, quoy qu’il fust mary de Lucresse, qu’il eust esté son compagnon au Consulat, & qu’il n’eust pas moins contribué que luy à la ruine des Tarquins : car quoy qu’il prist pour pretexte que le nom des Tarquins estoit devenu si odieux aux Romains, qu’ils ne pouvoient pas même le souffrir en la personne de leurs amis ; son principal but neanmoins estoit de ne laisser aucun reste de ceux qu’il avoit poussez jusques à la derniere extremité, & aussi de ne partager la gloire de cette action avec une personne dont luy-même avoüoit & publioit le merite : [147]Meminimus, fatemur, ejecisti Reges, absolve beneficium tuum, aufer hinc regium nomen. (ap. Liv. l. 2.) Que si nous voulions examiner toutes les autres Monarchies & tous les Estats qui sont inferieurs à ces quatre, nous pourrions emplir un gros volume de semblables histoires. C’est pourquoy ce sera assez pour la derniere preuve de nostre maxime, d’examiner ce que pratiqua Mahomet, à l’établissement non moins de sa Religion, que de l’Empire lequel est aujourd’huy le plus puissant du monde. Certes comme tous les grands esprits (Postellus & alii) ont toujours eu l’industrie de prendre avantage des plus signalées disgraces qui leur sont arrivées, cettuy-cy pareillement voulut faire de même ; de façon que voyant qu’il estoit fort sujet à tomber du haut mal, il s’avisa de faire croire à ses amis que les plus violens paroxismes de son epilepsie, estoient autant d’extases & de signes de l’esprit de Dieu qui descendoit en luy ; il leur persuada aussi qu’un pigeon blanc qui venoit manger des grains de bled dans son oreille, estoit l’Ange Gabriel qui luy venoit annoncer de la part du même Dieu ce qu’il avoit à faire : En suite de cela il se servit du Moine Sergius pour composer un Alcoran, qu’il feignoit luy estre dicté de la propre bouche de Dieu ; finalement il attira un fameux Astrologue pour disposer les peuples par les predictions qu’il faisoit du changement d’Estat qui devoit arriver, & de la nouvelle loy qu’un grand Prophete devoit établir, à recevoir plus facilement la sienne lors qu’il viendroit à la publier. Mais s’estant une fois apperceu que son Secretaire Abdala Ben-salon, contre lequel il s’estoit picqué à tort, commençoit à découvrir & publier telles impostures, il l’égorgea un soir dans sa maison, & fit mettre le feu aux quatre coins, avec intention de persuader le lendemain au peuple que cela estoit arrivé par le feu du Ciel, & pour chastier ledit Secretaire qui s’estoit efforcé de changer & corrompre quelques passages de l’Alcoran. Ce n’estoit pas toutefois à cette finesse que devoient aboutir toutes les autres, il en falloit encore une qui achevast le mystere, & ce fut qu’il persuada au plus fidelle de ses domestiques, de descendre au fond d’un puits qui estoit proche d’un grand chemin, afin de crier lors qu’il passeroit en compagnie d’une grande multitude de peuple qui le suivoit ordinairement, Mahomet est le bien-aymé de Dieu, Mahomet est le bien-aymé de Dieu : & cela estant arrivé de la façon qu’il avoit proposé, il remercia soudain la divine bonté d’un témoignage si remarquable, & pria tout le peuple qui le suivoit de combler à l’heure même ce puits, & de bastir au dessus une petite Mosquée pour marque d’un tel miracle. Et par cette invention ce pauvre domestique fut incontinent assommé, & ensevely sous une gresle de cailloux, qui luy osterent bien le moyen de jamais découvrir la fausseté de ce miracle,

[148]Excepit sed terra sonum, calamique loquaces.

(Petron. in Epigram.)

[146] Secret d’Empire.

[147] Il nous en souvient, nous le confessons, tu as chassé les Roys, paracheve cette bonne action, & oste d’icy le nom royal.

[148] Mais la terre & les plumes babillardes en receurent le son.