Consultus erro.

[186] Les fatalités de l’Empire Romain estant enfin arrivées.

[187] L’estude que j’ay faite d’une sagesse insensée, m’avoit rendu si peu soigneux d’honorer les Dieux, que je les adorois rarement.

Que Lucrece pensoit bien se concilier la bienveillance de ses lecteurs, en leur disant qu’il les vouloit delivrer des gesnes & des peines que leur donnoit la religion,

[188]Dum relligionum animos vinclis exsolvere pergo.

[188] Pendant que je continue à rompre les liens dont la religion a embarrassé vos esprits.

Et que S. Paul disoit aux Romains, [189]tunc veni cum Deus non erat in vobis. Ce fut enfin sous les Rois Almansor & Miramolin, plus studieux & lettrez que n’avoient esté tous leurs Predecesseurs, que les Aladinistes ou libertins, eurent grande vogue parmy les Arabes : en suite de quoy nous pouvons bien dire avec Seneque, [190]ut rerum omnium sic literarum intemperantia laboramus.

[189] Je suis venu à vous, en un temps qu’il n’y avoit point de Dieu parmy vous.

[190] Nous sommes aussi-bien travaillez de l’intemperance des lettres que de celle de toutes autres choses.

La seconde opinion de laquelle on doit estre persuadé pour bien reüssir aux Coups d’Estat, est de croire qu’il ne faut pas remüer tout le monde pour occasionner les changemens des plus grands Empires, ils arrivent bien souvent sans qu’on y pense, ou au moins sans que l’on fasse de si grands preparatifs. Et comme Archimede remuoit les plus pesans fardeaux, avec trois ou quatre bastons industrieusement joints ensemble, aussi peut-on quelquefois remüer, voire même ruiner ou faire naistre des grandes affaires, par des moyens qui sont presque de nulle consideration. C’est de quoy Ciceron (Philip. 5.) nous avertit lors qu’il dit, [191]quis nesciat, minimis fieri momentis maximas temporum inclinationes ; le monde suivant la doctrine de Moyse a esté fait de rien, & en celle d’Epicure il n’a esté composé que du concours de divers atomes : Et ces grands fleuves qui roulent avec impetuosité presque d’un bout de la terre à l’autre, sont d’ordinaire si petits vers leurs sources qu’un enfant les peut facilement traverser,