[207] Ils éleverent leur voix & dirent en langue Lycaonienne : Les Dieux sont descendus vers nous sous la forme d’hommes : Et ils appeloient Barnabé Jupiter & Paul Mercure.
[208] Ayant lapidé Paul, ils le traisnerent hors de la ville croyant qu’il fust mort.
[209] Il est traîné avec un croc pour servir de spectacle au peuple.
Les Parisiens en font de même du Marquis d’Ancre, & aprés avoir déchiré la robe du Pere à Jesus Maria, pour en conserver les pieces comme reliques, ils le befflent, & s’en mocquent deux jours aprés. Que s’il entre en colere, ce sera comme le jeune homme de Horace, lequel
[210]Iram
Colligit & ponit temerè, & mutatur in horas.
(ad Pison.)
[210] Se courrouce & s’appaise facilement, & change à toute heure.
S’il rencontre quelque homme d’autorité lors qu’il est en sa plus boüillante mutinerie & sedition, il s’enfuira & abandonnera tout ; s’il se presente quelque gueux temeraire, ou hardy qui luy remette, comme on dit communément, le cœur au ventre, & le feu aux étoupes, il reviendra plus furieux qu’auparavant ; bref nous luy pouvons particulierement attribüer ce que disoit Seneque (de vita B. cap. 28.) de tous les hommes, [211]fluctuat, aliud ex alio comprehendit, petita relinquit, relicta repetit, alternæ inter cupiditatem suam, & pœnitentiam vices sunt. Or d’autant que la force gist toujours de son costé, & que c’est luy qui donne le plus grand branle à tout ce qui se fait d’extraordinaire dans l’Estat, il faut que les Princes ou leurs Ministres s’estudient à le manier & persuader par belles paroles, le seduire & tromper par les apparences, le gagner & tourner à ses desseins par des predicateurs & miracles sous pretexte de sainteté, ou par le moyen des bonnes plumes, en leur faisant faire des livrets clandestins, des manifestes, apologies & declarations artistement composées pour le mener par le nez, & luy faire approuver ou condamner sur l’etiquete du sac tout ce qu’il contient.
[211] Il est toujours en doute, il fait toujours de nouveaux desseins, il quitte ce qu’il avoit demandé, & il redemande aussi-tost ce qu’il vient de quitter : le desir & le repentir commandent chez luy tour à tour, & possedent l’un aprés l’autre la domination de son ame.