(Paling. in Sagit.)
[282] Car là où est l’avarice, tous les autres vices y habitent aussi, l’impieté, le parjure, le vol, la rapine, les fraudes & tromperies, les embusches & les trahisons.
C’est ce que pratiqua autrefois Stilico, quand pour s’acquerir l’amitié d’Alaric Roy des Gots, & s’appuyer de son secours pour se saisir de l’Empire d’Orient, il fit une paix honteuse avec luy & obligea l’Empereur de luy payer tribut sous le nom de pension ; & Pierre des Vignes Chancelier de Frederic II, fut à bon droit privé de la veuë, pour avoir noüé une intelligence trop secrete avec le Pape Alexandre III, ennemy capital de son Maistre. Ce fut encore pour la même cause que le Cardinal Balue demeura XII ans resserré dans la Tour des Loches sous le Regne de Louys XI, & que le Cardinal du Prat décheut de sa faveur, & fut long-temps en prison pendant celuy de François I. Cette même force & disposition d’esprit defend aussi à nostre Ministre d’estre trop credule ou superstitieux, & bigot : Car bien que [283]credulitas error sit magis quam culpa, & quidem in optimi cujusque mentem facillimè obrepat, (Cic. l. 1. ep. 23.) c’est toutefois le propre d’un homme judicieux & bien sensé, de ne rien croire [284]nisi quod in oculos incurret ; (Senec. de Ira.) au moins Palingenius est d’avis qu’il faut ainsi faire, crainte d’estre trompé, parce que
[285]Qui facilis credit facilis quoque fallitur idem.
[283] La credulité soit plutost une erreur qu’une faute, & qu’elle s’empare facilement des meilleurs naturels.
[284] Que ce qu’il void de ses yeux.
[285] Qui croit facilement se laisse aussi facilement tromper.
Et comme nous avons dit cy-dessus, qu’il y avoit quatre ou cinq moyens d’attraper ou tromper les trop credules & superstitieux, aussi faut-il que celuy qui se mesle de les pratiquer, ne soit pas si sot que de s’y laisser prendre par d’autres qui s’en voudroient servir contre luy-même. Joint qu’à un Ministre qui aura l’esprit assez bas pour le ravaler & soumettre à la creance de tant de fables, impostures, faux miracles, tromperies, & charlataneries qui se font ordinairement, ne pourra pas donner grande esperance de bien reüssir en beaucoup d’affaires où il faut gaillardement enjamber par dessus toutes ces folies. Les souplesses d’Estat, les artifices des Courtisans, les menées & pratiques de quelques avisez Politiques, trompent aisément un homme plongé dans des devotions excessives & superstitieuses. La prediction d’un devin, le croassement d’un corbeau, la rencontre d’un maure, un faux bruit, quelque vau de ville, tromperie, ou superstition, luy feront perdre l’escrime, l’étonneront, & le reduiront à prendre quelque party honteux & deshonneste ; A quoy s’il est tant soit peu porté de sa nature, la superstition sœur germaine de cette grande credulité, l’y plongera tout à fait, & luy ostera si peu de jugement qui luy pouvoit rester. [286]Occentus soricis auditus Fabio Maximo dictaturam, C. Flaminio magisterium equitum deponendi causam præbuit. (Val. Max. l. 1. cap. 10.) Elle luy ravira le repos du corps, & la fermeté, constance, & resolution de l’esprit ; [287]superstitione enim qui est imbutus quiescere nunquam potest : (Cicero de fin. l. 1.) elle l’assujettira à mille terreurs paniques, & luy fera craindre & redouter,
[288]Nihilo metuenda magis, quàm
Quæ pueri in tenebris pavitant, finguntque futura.