Ci gît dont l'esprit fut si beau,
Sannazar, ce poète habile,
Qui, par ses vers divins, approche de Virgile
Plus encor que par son tombeau.
D'Alembert rapporte dans l'Histoire de l'Académie française, t. III, p. 517, que la ville de Mantoue, pour honorer d'une manière plus spéciale son poète chéri, fil placer sa tête dans ses armoiries. Quant au véritable portrait de Virgile, on n'a pas la certitude de le posséder[12]. Un ancien buste en marbre dont nos conquêtes en Italie avaient enrichi le musée de Paris, rend assez bien cette expression douce et mélancolique que la tradition donne à la figure de Virgile, d'après son caractère connu. Mais on n'a aucune preuve que ce buste soit véritablement antique et fait sur le modèle vivant, pas même sur le portrait qu'Alexandre Sévère avait dans son oratoire, avec ceux d'Homère, d'Orphée, d'Abraham, de Jésus-Christ, d'Appollonius de Thyanes, etc., etc.
Enfin les derniers hommages publics rendus à Virgile datent de la fin du dernier siècle. Pendant les guerres qui ont eu lieu en Italie, la mémoire du grand poète n'a point été indifférente à plusieurs de nos généraux, surtout dans les lieux où des souvenirs particuliers le signalent davantage à la postérité. Par exemple, le général Miollis, commandant à Mantone en 1797, ordonna qu'une fête solennelle fût célébrée en l'honneur de Virgile, et il créa dans cette ville un forum auquel il donna le nom du poète. En outre, il fit élever un obélisque dans le lieu présumé de sa naissance.
Le général Championnet, s'étant emparé de Naples, le 23 janvier 1799, profita des premiers instants de la victoire pour s'occuper de la restauration du tombeau de notre poète. Si cette restauration a eu lieu, elle a malheureusement laissé peu de traces.
Nous terminons ici cette notice, dont le seul but a été de faire connaître un peu plus en détail la vieille ruine du Pausilipe, connue dans tous les temps sous le nom de tombeau de Virgile[13], et de mettre sur la voie ceux qui voudraient approfondir davantage la question de savoir si ce monument remonte réellement au siècle d'Auguste.
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*Notes*
[1: Une note sur le mont Pausilipe est renvoyée à la fin du Mémoire.]
[2: Cette vie est attribuée Ælius Donatus, célèbre grammairien qui vivait en 354, et qui a été le précepteur de St. Jérôme. On pense que cette biographie peut bien avoir été composée dans le principe par cet Ælius Donat, mais qu'ensuite elle a été altérée par un autre Donat, nommé Tiberius Claudius Donatus, qui a vécu postérieurement à Ælius, et plus altérée encore par les copistes et par les légendaires qui y ont ajouté des prodiges attribués à Virgile dont ils ont fait un magicien, un homme à sortilège.
Cependant il faut convenir que les détails de la vie de ce poète ne sont connus que par cet ouvrage, et qu'ils paraissent très-avérés dans tout ce qui ne tient point aux fables et aux superstitions dont on a surchargé ce livre dans le moyen âge.]