Ils n'ont ny Dimanches, ny Festes, sinon celles qu'ils ordonnent, pour quelque ceremonie car ils estiment tous les jours égaux, & aussi solemnels les uns comme les autres, & ne font non plus distinction de sepmaines, mais seulement de mois, par les Lunes, des quatre, saisons de l'année, & des années entières.

Or comme il y a diverses Nations, & Provinces de Barbares, Sauvages, aussi y a il diversité de ceremonies, d'opinions, & de croyance Saincte, car n'estans pas esclairez de la lumière de la foy, & de la cognoissance entière du vray Dieu; dans leurs tenebres chacun se forge des observations, des ceremonies, & une Divinité, ou Createur à sa poste, auquel neantmoins ils n'attribuent point une puissance absolue sur toutes choses, comme nous faisons au vray Dieu, car leur en parlant ils le confessoient plus grand seigneur que leur Yoscaha, qu'ils croyent vivre presque dans la mesme infirmité des autres hommes, bien qu'eternel.

Les Indiens de diverses Provinces plus meridionnales de nostre mesme Amérique, firent jadis eslection de leurs Dieux, avec quelque consideration, tenant pour Deitez les choses dont ils recevoient quelque profit, tels qu'estoient ceux qui adoroient la terre, & l'appelloient leur bonne mere, à cause qu'elle leur donnoit ses fruicts; les autres l'air, pour ce disoient ils, qu'il faisoit vivre les hommes par le moyen de la respiration; les autres le feu, à cause qu'il leur servoit à se chauffer, & à leur apprester à manger; les autres le mouton, pour le grand nombre de trouppeaux qu'ils nourrissoient en leurs pasturages; les autres le Maiz, ou leur bled d'Inde, pour ce qu'ils en faisoient du pain; Et les autres toutes les sortes de légumes & de fruicts que leur pays produisoit.

Mais à le prendre en general, ils recognoissent la mer pour la plus puissante de toutes les Deitez; & l'appelloient leur mère. Voyla comme tous ces Payens & Barbares parmy leur Deitez, en ont tousjours recognu quelqu'une de plus grande puissance, dont la mesme chose se recognoist entre nos peuples Hurons, bien qu'ils ne les adorent avec des ceremonies si particulieres des anciens Payens.

Ceux qui habitent vers Miskou, & le Port Royal, au rapport du sieur Lescot, croyent en certain esprits, qu'ils appellent Cudouagni, & disent qu'il parle souvent à eux, & leur dit le temps qu'il doit faire; Ils disent que quand il se courrousse contr'eux, il leur jette de la pouciere aux yeux. Ils croyent aussi quand ils trespassent, qu'ils vont és Estoilles puis vont en de beaux champs verts, pleins de beaux arbres, fleurs & fruicts tres-somptueux & delicats.

Pour les Souriquois, peuples errants, leur creances est que veritablement il y a un Dieu qui a tout creé, & disent qu'après qu'il eut fait toutes choses, qu'il prit quantité de flesches & les mit en terre, d'où sortirent hommes & femmes, qui ont multiplié au monde jusques à present. Ensuitte de quoy il demanda à un Sagamo s'il ne croyoit point, qu'il y eut un autre qu'un seul Dieu, il respondit qu'ils croyoient un seul Dieu, un fils, une mere, & le Soleil, qui estoient quatre, neantmoins que Dieu estoit par dessus tous; mais que le fils estoit bon & le Soleil, à cause du bien qu'ils en recevoient: mais la Mere ne valait rieu & les mangeoit, & que le Pere qui est Dieu, n'estoit pas trop bon par les raisons que je diray cy aprés.

Puis dit; anciennement il y eut cinq hommes, qui s'en allèrent vers le Soleil couchant, lesquels renconterent Dieu, qui leur demanda: où allez vous; ils respondirent, nous allons chercher nostre vie. Dieu leur dit: vous la trouverez icy, ils passerent plus outre sans faire estat de ce que Dieu leur avoit dit, lequel prit une pierre & en toucha deux qui furent transmuez en pierres. Et il demanda derechef aux trois autres: où allez vous: & ils respondirent comme à la première fois: & Dieu leur dit derechef: ne passez plus outre vous la trouverez icy: & voyans qu'il ne leur venoit rien ils passerent outre; & Dieu prit deux bastons desquels il toucha les deux premiers, qui furent transmuez en bastons & le cinquième s'arresta ne voulant passer plus outre. Et Dieu luy demanda derechef: où vas tu? je vay chercher ma vie, demeure, & tu la trouveras: il s'arresta sans passer plus, outre. Et Dieu luy donna de la viande & en mangea. Aprés avoir faict bonne chère, il retourna avec les autres Sauvages, & leur raconta tout ce que dessus.

Ce Sagamo fist encore ce plaisant discours à ce François. Qu'une autre fois il y avoit un homme qui avoit quantité de tabac, & que Dieu dit à cet homme & luy demanda où estoit son petunoir, l'homme le prit & le donna à Dieu qui petuna beaucoup, & aprés avoir bien petuné il le rompit en plusieurs pièces: & l'homme luy demanda: pourquoi as tu rompu mon petunoir, & tu vois bien que je n'en ay point d'autre: & Dieu en prit un qu'il avoit & le luy donna luy disant: en voyla un que je te donne, porte le à ton grand Sagamo, qu'il le garde, & s'il le garde bien, il ne manquera point de chose quelconque ny tous ses compagnons: cet homme prit le petunoir qu'il donna à son grand Sagamo, & durant tout le temps qu'il l'eut, les Sauvages ne manquerent de rien du monde: mais que du depuis le dit Sagamo avoit perdu ce petunoir, qui est l'occasion de la grande famine qu'ils ont quelquefois parmy eux. Voilà pourquoy ils disent que Dieu n'est pas trop bon, ayant fondé toute leur abondance sur un Calumet de terre fragile, & que les pouvans secourir il les laissoit souffrir au delà de toutes les autres nations.

La croyance en general de nos Hurons (bien que tres-mal entendue par eux mesmes & en parlent fort diversement,) est que le Créateur; qui a faict tout ce monde, s'appelle Yoscaha, & en Canadien Atahocan ou Attaouacan, lequel a encore sa mère grand, nommée Eataentsic: leur dire qu'il n'y a point d'apparence, qu'un Dieu qui a esté de toute eternité, aye une mere grand & que cela se contrarie, ils demeurent sans replique, comme à tout le reste de leur créance. Ils disent qu'ils demeurent fort loin, n'en ayans neantmoins autre certitude ou cognoissance que la tradition qu'ils tiennent de pere en fils, & le récit qu'ils allèguent leur en avoir esté faict par un Attiuoindaron, qui leur a donné à entendre l'avoir veu & les vestiges de ses pieds imprimées sur un rocher au bord d'une riviere qui avoisine sa demeure, & que sa maison ou cabane est faicte au model des leurs, y ayant abondance de bled & de toute autre chose necessaire à l'entretien de la vie humaine. Que Eataentsic & luy sement du bled travaillent, boivent, mangent, dorment, & sont lascifs comme les autres; bref ils les figurent tous tels qu'ils sont eux mesmes.

Que tous les animaux de la terre sont à eux & comme leurs domestiques. Que Youskeha, est tres-bon & donne accroissement à tout, & que tout ce qu'il faict est bien faict, & nous donne le beau temps & toute autre chose bonne & prospere. Mais à l'opposite que sa mère grand est meschante, & gaste souvent tout ce que son petit fils a faict de bien.