A ces nouvelles on advisa d'envoyer promptement les prisonniers Hiroquois, le Capitaine Ckimeouriniou, un autre Montagnais, nommé par les François Maistre Simon, un Hiroquois de Nation, lequel ayant esté pris fort jeune, donné à une femme vefve qui l'adopta pour son fils, est toujours demeuré depuis en leur pays, & affectionné à ce party. Ils demanderent d'estre assistés de quelques François, par une prudence politique, que s'il venoit faute d'eux, & des François, tous les autres François fussent obligez par honneur de se joindre à eux, & prendre vengeance de leurs hommes contre les Hiroquois en quoy ils se pouvoient tromper, car on n'est pas si eschauffez icy que de prendre part dans les interests de ces pauvres gens, sinon par ceremonie, ou pour quelque profit.

Le Frere Gervais m'a dit qu'il eut bien desiré d'y aller, & se fut volontiers offert s'il eut esté en lieu pour en avoir l'obedience, & par permission du R. Père Joseph, mais qu'en estant trop esloigné, il luy en resta seulement le desir & la bonne volonté d'y aller hasarder sa vie pour Dieu, & y cognoistre le pays.

Plusieurs François s'offrirent bien d'y aller, mais avec des conditions si desadvantageuses qu'on les esconduit tous, excepté un nommé Pierre Magnan, lequel, prodigue de sa vie contre l'advis de ses amis se mist en chemin avec le prisonnier, & les trois Montagnais moyennant douze escus qu'on luy devoit donner à son retour, avec tout le profit de ses castors, qui estoit assez peu pour un si périlleux voyage, qui en effet leur fut funeste & malheureux, car ils y furent tous quatre miserablement, condamnez à mourir, puis mangez par les Hiroquois.

Le François estant d'accord pour son voyage, Chimeouriniou se disposa aussi avec les autres pour partir, & asseura le sieur de Champlain, & tous les autres François, & Barbares, que assurement ils reviendroient dans vingt nuicts, & que s'ils en tardoient plus de vingt cinq, seroit signe qu'ils seroient arrestez ou morts, ou tombez malades en chemin puis partirent le jour de la saincte Magdelene pour le pays des Hiroquois, & le Reverend Pere Lallemant, avec le sieur de Champlain pour leur retour à Kebec, pendant que le Frère Gervais resta encore à la traite pour un temps.


De la creance, Religion, ou superstitions des Hurons, du Createur, & de sa mere grand. Des ames des deffuncts, & des presens, & aumosnes qu'ils font à leur intention. De certains esprits ausquels ils ont recours, & des ames des chiens, & choses inanimées.

CHAPITRE XXX.

ENcor que Ciceron aye dit, parlant de la nature des Dieux, qu'il n'y a gent si sauvage, si brutale, ny si barbare, qui ne soit imbue de quelque opinion d'iceux, & n'aye ce sentiment naturel d'une nature superieure à celle de l'homme, qui le porte à quelque forme d'adoration de Religion, & de culte intérieur, ou extérieur pour en tesmoigner les recognoissances. Neantmoins nos Hurons, & Canadiens, semblent n'en avoir aucune pratique ny l'exercice, que nous ayons pû descouvrir, car encor bien qu'ils advouent un premier principe & Créateur de toutes choses, & par consequent une Divinité, avec le reste des Nations, si est ce qu'ils ne le prient d'aucune chose, & vivent presque en bestes, sans adoration, sans Religion & sans vaine superstition sous l'ombre d'icelle.

De Temples ny de Prestres, ils ne s'en parle point entr'eux nom plus que d'aucunes prières publiques ny communes, & s'ils en ont quelqu'unes à faire, ou des Sacrifices, ce n'est pas à cette premiere cause, ou premier principe qu'ils les adressent, mais à de certains esprits puissans qu'ils logent en des lieux particuliers, ausquels ils ont recours, comme je vous diray cy aprés.

Pour des Diables & malins esprits, ils en croyent des nombres infinis, & les redoutent fort, car il leurs attribuent la cause principale de toutes leur maladies & infirmitez, qui faict que quand dans un village, il y a nombre de malades, ils ordonnent des bruits & tintamarres pour les en dechasser, croyans que ces bruits sont capables d'espouventer les Demons, comme ils feroient une troupe d'oyseaux ou des petits enfans.