Il y a quantité de porcs-epics, lesquels les Canadiens sçavent attraper pour leur nourriture, & des pointes pour leurs matachias, j'ay dit aillieurs comme ils leur sçavent donner couleur, & s'en servir, parquoy je ne le repeteray point icy. Ils ont aussi des martres assez belles, desquelles ils font de bonnes fourures pour se couvrir en Hyver, & après les traittent aux François.

On tient qu'il y a des dains en quelque contrées, mais pour des Buffles, le P. Joseph m'a asseuré en avoir veu des peaux entières entre les mains d'un Sauvage de pays fort esloigné, je n'en ay point veu, mais je croy ce bon Pere.

Parlons à present des chiens & de leur naturel; car entre tous les animaux qui servent à l'homme, il tient le premier rang pour la fidélité, nous en avons des exemples très remarquables, & qui nous font admirer, tesmoin celuy qui portoit à la bouche de son Maistre estendu mort sur un eschafaut, le pain que les passans luy donnoient par compassion, & qui aprés se noya voulant sauver son Maistre jetté dans le Tibre, 3 jours aprés son execution. Voicy une autre exemple presque pareille, & plus recente que nous apprend l'ordinaire arrivé de la ville de Minden en Allemagne, datté du 13 Mars 1655, un cavalier que son cheval avoit jetté dans la riviere, pendans ces grandes inondations d'eaux, estoit desja à fonds, & se noyoit, lors qu'un chien qu'il nourrissoit de longue main & luy tenoit tousjours compagnie, faisant le plongeon, le prit à belles dents par les cheveux, & luy tint la teste hors de l'eau, tant que les bateliers de là auprès le tirèrent de ce péril, & luy firent confesser qu'il devoit à son chien la vie que son cheval luy avoit ostée.

Je rapporteroy icy tour plein d'autres exemples de cette fidelité canine, n'estoit la brieveté que je me suis proposée & qui m'oblige de passer beaucoup de choses sous silence, mais encor ne veux je point obmettre de dire comme je passois un jour par une bourgade chez un Gentilhomme de nos amis; son chien s'esgayant seul dans la campagne prit un lievre à la course, lequel un certain paysan sceut si bien cajoler qu'il luy enleva sa prise & l'emporta en sa maison, dequoy le chien indigné au possible le suivit & l'ataqua diverses fois, mais n'en ayant pû tirer raison, il en fut faire ses plaintes à son Maistre, avec de souspirs & abbayemens qui tesmoignoient assez ses ressentimens, & que quelque malheur luy estoit arrivé; en fin le sieur Moriset, ainsi s'appelloit ce Gentilhomme, voulut s'esclaircir des plaintes de son chien, & pourquoy il le tiroit & monstroit de sortir à la porte, il suivit donc cette beste qui le conduit droit au logis de ce paysan, lequel se croyant descouvert s'accusa de luy mesme, disant qu'il luy alloit porter un lievre qu'il avoit osté à fon chien, peur qu'un autre le prist. Je sçavois bien, dit alors le Gentilhomme, que mon chien avoit raison de m'amener icy, une autre fois n'usez plus de pareille courtoisie.

Fidelité & recognoissance telle qu'elle fait honte à celle de l'homme, qui n'a d'amitié que pour ses interests particuliers, où le chien n'a pour tout espoir qu'un morceau de pain, souvent meslé des effects de vostre cholere, sans que les coups le fassent bouger de vos pieds, couché contre terre, les pattes eslevées comme vous demandant pardon, innocent qu'il est à vous son criminel. Que pleust à Dieu que nous fussions ainsi humble devant Dieu, au temps de sa visite, & que les miseres ausquelles l'homme est sujet fussent un affermissement de nostre fidelité envers de Dieu de qui nous dependons.

Tout ce que l'on peut trouver de blasmable au chien, & qui ternit sa fidelité, est un mauvais naturel qu'il a envers son semblable affligé, car si un chien est accablé, ou mal traité d'un autre, incontinent tous les autres chiens se jettent encor dessus, sans s'informer s'il a tort ou non, c'est assez qu'ils le voyent abayé pour l'accabler s'ils peuvent, ainsi en font les cruels politiques en ce monde envers les gens de bien ordinairement affligez. On dit du pourceau tout au contraire du chien, que si l'un d'eux crie à l'aide, tous les autres vont au secours, cela estant, le pourceau a donc le naturel meilleur que l'homme meschant, & Dieu vueille que dans des congregations bien sainctes, aussi bien que dans le monde, on en voye point ce malheureux naturel du chien, d'affliger l'affligé, & mespriser celuy qui n'est point favorisé, ce que font ordinairement les gausseurs, & ceux qui n'ont jamais sçeu que c'est d'honnesteté au monde.

Les chiens du Canada sont un peu differens des nostres, sinon au naturel, & au sentiment, qui ne leur est point mauvais. Ils hurlent plustost qu'ils n'abayent & ont tous les oreilles droites comme renards, mais au reste tout semblables aux matins de mediocre grandeur de nos villageois, arrestent l'eslan & descouvrent le giste de la beste, & sont de fort petite despence à leur maistre, mais au reste, plus propre à la cuisine qu'à tout autre service.

La chair en est assez bonne & sent aucunement le porc, peut-estre à cause des salletez des rues de quoy ils se nourrissent principalement, j'en mangeois assez peu souvent, car une telle viande est fort estimée dans le pays, c'est pourquoy je n'en avois pas si souvent que j'eusse bien desiré. Ils sont fort importuns dans les cabanes, marchent sur vous, & s'ils rencontrent le pot au descouvert ils ont incontinent leur museau aigu dans la sagamité, qui n'en est pas estimée moins nette.

Il y a une espece de grosses souris aux Hurons que je n'ay point veu ailleurs. Ils les appellent Tachro, une fois plus grosses que les communes qu'ils appellent Tsongyatan, & moins puissantes que les rats desquels je n'ay point veu aux Hurons, & ne sçay s'il y en a aucun non plus qu'au Peru avant la venue des Espagnols; où on dit qu'il y en a à present dans les villes basses, & par la campagne, de si prodigieux, qu'il n'est point de chat si hardy soit-il, qui les oze combatre, & non pas mesme les regarder, cela estant on peut croire que l'origine en est venue de ceux qui s'engendrent dans les Navires, qui pourroient avoir esté portés à terre dans les hardes des Espagnols lors qu'ils y descendirent pour la conqueste du pays, & que le climat, où toutes, autres choses viennent dans leur plus grande perfection ait fait grossir ces animaux au delà de l'ordinaire.

Mais ce qui est plus probable, je croy que ces rats sont entrez dans les Indes, & le Peru, comme ils entrent aux ports de France, ou vous voyez que peu de temps aprés que les navires ont esté deschargez, & qu'il ny a plus de quoy manger, ils sçavent trouver les cables sur lesquels ils se coulent à terre file à file, & puis se logent aux premieres hostelleries sans fouriers, s'ils ne sont empeschez par les petits garçons, qui à coups de bastons leur font furieusement la guerre, mais de jour, car la nuict ils font mieux leur debarquement.