Les loups cerviers nommez Toutsitsoute, de la peau desquels les grands font tant d'estat pour leurs fourures plus riches, en quelque Nation sont assez frequents. Mais les loups communs qu'ils appellent Anarisque, sont assez rares par tout, aussi en estiment ils grandement la peau, de laquelle ils font de riches robes de Capitaines, comme de celle d'une espece de leopard ou chat sauvage qu'ils appellent Tiron. Il y a un pays en cette grande estendue de terre, que nous surnommons la Nation de Chat, pour raison de ces chats, petits loups ou leoparts qui se retrouvent dans leur pays, desquels ils font leur robes qu'ils parsemenr, & embellissent de quantité de queues d'animaux cousues tout alentour des bords, & par le milieu du corps, és endroicts où elles paroissent le plus. Ces chats ne sont gueres plus grands que renards, mais ils ont le poil du tout semblable à celuy d'un loup commun, car j'y fus moy mesme trompé au choix.
Ils ont vers les Neutres une autre espece d'animaux nommez Otay, ressemblant à un escurieux grand comme un petit lapin d'un poil tres-noir, & si doux, poly & beau qu'il semble de la panne. Ils font grand cas de ces peaux desquelles ils font des robes & couvertures, où il y en entre bien une soixantaine qu'ils embellissent par tout à lentour, des testes, & des queues, de ces animaux qui leur donnent bonne grace, & rendent riches en leur estime.
Les enfant du diable que les Hurons appellent Scangaresse, & le commun des Montagnais Babougi Manitou, ou Ouinesque; est une beste fort puante de la grandeur d'un chat ou d'un jeune renard, mais elle a la teste un peu moins aiguë, & la peau couverte d'un gros poil rude & enfumé, & sa grosse queue retroussée de mesme, elle se cache en Hyver sous la neige, & ne sort point qu'au commencement de la Lune du mois de Mars laquelle les Montagnais nomment Ouinescon pismi qui signifie la Lune de la Ouimesque. Cet animal outre qu'il est de fort mauvaise odeur est tres-malicieux, & d'un laid regard, ils jettent (à ce qu'on dit) parmy leurs excremens des petits serpens, longs & déliez, lesquels ne vivent néanmoins gueres long-temps. J'en pensois apporter une peau passée, mais un François passager me l'ayant demandée je la luy donnai.
Les eslans ou orignals en Huron Sondareinta sont frequents & en grand nombre au pays des Montagnais, & fort rares à celuy des Hurons sinon à la contrée du Nort, d'autant que ces animaux se plaisent dans les pays froids & montagneux, plus qu'aux pays chauds & temperé. C'est l'animal le plus haut qui soit aprés le chameau: car il est plus haut que le cheval, il a le poil ordinairement grison, quelquefois fauve, & assez long, mais un peu rude, sa teste est fort longue & porte son bois double & branchu comme le cerf, mais large & plat en quelque façon comme celuy d'un dain, & long de trois pieds ou environ. Le pied en est fourchu comme celuy du cerf, mais beaucoup plus plantureux, la chair en est courte & fort delicate, & la langue très-excellente, il paist aux prairies, & vit aussi des tendres pointes des arbres. C'est la plus abondante manne des Canadiens, & Montagnais, pendant l'Hyver, comme le poisson pendant l'Esté. L'on en nourrissoit un jeune au Fort de Kebec destiné pour la France, que je fus voir, mais il ne pû estre guery de la morsure des chiens qui l'avoient arresté, & mourut quelque temps aprés. On tient que la femelle porte tousjours deux petits & tousjours malle & femelle, neantmoins la chose n'est pas tellement infaillible qu'on n'aye quelquefois veu le contraire.
Il y a en plusieurs contrées des caribous, ou asnes sauvages, que quelqu'uns appellent ausquoy à mon advis les montagnais en prennent assez souvent, desquels il nous donnerent un pied, qui estoit creux & si leger de la corne, & fait de telle sorte, qu'on peut aysement croire ce qu'on dit de cet animal qu'il marche sur les neiges sans y enfoncer, mais je n'en veux point asseurer par ce que je n'en ay point veu l'experience, & me contente de dire que je donnay ce pied à un François qui me le demanda avec importunité, autrement je l'aurois apporté icy.
Les ours nommez Agnouoin, sont plus, communs dans le Canada que les loups, & y en a de deux sortes, sçavoir, noir & blanc mais les blancs sont beaucoup plus grands & plus dangereux que les noirs, car ils combatent les hommes, & les devorent, ils habitent particulierement (à ce qu'on dit) vers l'Isle Danticosti à l'embouchure du fleuve S. Laurent, qui n'est frequenté que de bien peu de Sauvages, mais les contrées plus ordinaires où se nourissent ces animaux farouches sont les hautes montagnes, & les pays très-froids.
On tient qu'au Temple de sainct Olaus en Normandie qui despend de l'Archevesché de Trudun, & aux pieds du siege Pontifical, on y void la peau d'un ours, qui surpasse en blancheur la neige, ou le lis, elle est large de quatorze pieds. Marc Pole asseure avoir veu en Tartarie des ours blancs de vingt aulnes de longueur, ce que j'ay peine à croire, encore qu'Olaus en fasse mention, pour ce qu'il semble que le conte soit hors de raison, & dit pour faire admirer les simples. Albert le Grand, & plusieurs autres avec luy, racontent que les ours blancs nagent au profond de la mer, & qu'ils y peschent & mangent les poissons ce qui nous est facile à croire en ce que nous voyons les communs mesme, entrer librement dans les eauës, se plonger & nager comme les poissons, tesmoin celuy que je conduit au pays des Hurons, lequel vouloit se jetter dans toutes les eaux qu'il rencontroit en chemin, ou pour se sauver ou pour s'esgayer, & avois de la peine assez de l'en retirer avec la corde qui tenoit à son col, lequel pour revanche (malicieuse beste) vouloit jetter à mes jambes, mais à mesme temps je luy relevois la teste en haut, & ayant bien grondé il s'appaisoit & continuoit son chemin à costé de moy.
Les ours sont tres-bons à manger, c'est pourquoy nos Sauvages en font un grand estat, & tiennent sa chair fort chère, je ne sçay à quoy l'accomparer, car elle ne sent ny le boeuf, ny le mouton, & encore moins le cerf, mais plustost le chevreau, les vieux ont un autre goust, & sont gras comme lard. Il m'arriva de dire à Monsieur le Mareschal de Bassompiere que j'avois mangé de la chair d'ours, & l'avois trouvée bonne. Il m'asseura que au dernier voyage qu'il fit en Suisse pour le Roy il en avoit aussi mangé en un festin que luy firent les Suisses, & ne l'avoit point trouvée mauvaise. Nos Sauvages les engraissent (car la graisse est leur succre) avec une manière facile, ils font une petite tour au milieu de leurs cabanes, avec des pieux picquez en terre, & la ils enferment la beste, à laquelle ils donnent à manger par les entredeux des bois, des restes de sagamité, sans crainte des pattes & de leurs dents, & estant bien grasse, ils en font un bon festin à tout manger.
Le Pere Joseph le Caron m'a raconté dans le pays, qu'hyvernant avec les Montagnais, ils trouverent dans le creux d'un chesne, une ourse avec ses petits couchez sur quatre ou cinq petites branches de cedre, environnez de tout costez de tres-hautes neiges, sans avoir rien à manger, & sans aucune apparence qu'ils fussent sortis de là pour aller chercher de la provision depuis trois mois & plus, que la terre estoit par tout couverte de ces hautes neiges: cela m'a fait croire avec luy, ou que la provision de ces animaux estoit faillie depuis peu, ou que Dieu, qui a soin & nourrist es petits corbeaux delaissez, substante par une manière à nous incognuë, ces pauvres animaux au temps de la necessité: ils les tuerent sans difficulté, car ils n'eussent sceu s'eschapper ou se deffendre, & en firent bonne chere, avec les ceremonies accoustumées entr'eux, qui sont telles (à ce que j'ay ouy dire,) que toutes les filles nubiles, & les jeunes femmes mariées, qui n'ont point encore eu d'enfans, tant celles de la cabane où l'ours doit estre mangé, que des autres voisines, s'en vont dehors, & ne r'entrent point tant qu'il y reste aucun morceau de cet animal, dont elles ne goustent point, & ne sçay pourquoy.
Les cerfs qu'ils appellent Sconoton, sont plus communs dans le pays des Neutres, qu'en toutes les autres contrées Huronnes, mais, ils sont un peu plus petits que les nostres de deça, & tres-legers du pied, neantmoins ces Attiuoindarons avec leurs petites raquettes attachées sous leurs pieds, courent sur les neiges avec la mesme vitesse des cerfs, & en prennent en quantité, par d'autres inventions qui ne sont pas en usage en nostre Europe. Ils en font boucaner d'entiers pour leur Hyver, & n'ostenr point les fumées des entrailles qu'ils font cuire ensemble avec les intestins dans la sagamité. Cela faisoit un peu estonner nos François au commencement, mais; il falloir avoir patience & s'accoustumer à manger de tout, car il n'y avoit pas là de viande à choisir, ny de rue aux ours pour avoir du rosty.