Ils ont trois diverses espece de renards tous differens en poil & en couleur, & non en finesse & cautelle, car ils ont la mesme nature des nostres de deçà, mais beaucoup plus estimez pour leurs fourures, très-excellentes & riches.
L'espece la plus rare & la plus riche des trois, sont ceux qu'ils appellent, Hahyuha, lesquels ont tous le poil noir comme gey, & pour cette cause grandement estimez, jusques à valoir plusieurs centaines d'escus la piece entre les Allemands & peuples; Septentrionnaux pour des fourures, ou bords à leurs bonnets.
La seconde espece la plus estimée, sont ceux qui'ils appellent Tsinantontonque, lesquels ont une barre ou liziere de poil noir, qui leur prend le long du dos, & passe par dessous la ventre, large de quatre doigts ou environ, le reste est aucunement roux & grisatre.
La troisiesme espece sont les communs, appellez, Andasatey, ceux cy sont presque de mesme grosseur, & du poil des nostres, sinon que la peau semble mieux fournie, & le poil un peu plus grisatre. De toutes lesquelles especes, il nous en fut donné quelque peaux par des Sauvages estrangers, nous venans visiter en nostre maison Huronne, lesquelles sont demeurées à nos François aprés nous en estre servy pendant les grands; froids.
Ils ont aussi trois sortes d'escurieux differends, & tous trois plus beaux & plus petits que ceux de nostre Europe. Les plus estimez & rares sont les escurieux volans, nommez Sahouesquanta, qui ont la couleur cendrée, la teste un peu grosse, le poil doux & court, & les yeux petits: Ils sont appellez volans, non qu'ils ayent des ailles, mais à raison qu'ils ont une certaine peau aux deux costez, prenans de la patte de derrière à celle de devant, qu'ils replient fort proprement contre leur ventre quand ils marchent puis l'estendent quand ils volent, comme ils font aysement d'arbre en arbre, & de terre jusques au dessus.
Les premiers que je vis furent trois jeunes qui nous furent apportez par l'une des filles du grand Capitaine Auiondaon, que je receus sans sçavoir que c'estoit; jusques à l'arrivée du Père Joseph à qui je les donnay à nourrir, comme il fit un assez long-temps, mais qui à la fin se laisserent mourir, ou par trop de froid, ou pour ne les sçavoir accommoder, dequoy nous eusmes quelque regret, car c'estoit un present digne d'une personne de condition, joint qu'ils sont assez rares dans le pays.
La seconde espece qu'ils appellent Ohihoin, & nous Suisses, à cause de leur bigarure sont ceux qui sont rayez & barrez universellement par tout le corps, d'une raye blanche, puis d'une rousse, grize & noiraste, qui les rendent tres-beaux & agréables, mais qui mordent comme perdus, s'ils ne sont apprivoisez, ou que l'on ne s'en donne de garde.
La troisiesme espece, sont ceux qui sont presque du poil, & de la couleur des nostres, qu'ils appellent Aroussen, & ny a presque autre différence, sinon qu'ils sont plus petits.
Au temps de la pesche que j'estois cabané dans une Isle de la mer douce, j'y vis un grand nombre de ces animaux profiter de nostre pesche, desquels j'eu plusieurs de ceux que mes Sauvages tuerent à coups de flesches, & en pris un Suisse dans le creu d'un arbre tombé.
Ils ont en plusieurs endroits des Lievres, & lapins qu'ils appellent Quentonmalisia, les sapinieres & petits bois sont les lieux de leur retraite, à la sortie desquels les Sauvages tendent des lacets, mais ils en prennent bien peu souvent, quoy qu'il y en ait en quantité sur le chemin des Quieunontateronons, car les cordelettes n'estant ny bonnes ny assez fortes, ils les couppent aysement quand ils s'y trouvent attrappez, ou bien en autre façon, les Sauvages les tuent avec leurs arcs ou matras.