Pendant que tout cecy se passoit à Gaspé & és contrées de Tadoussac, ceux de Kebec estoient dans les apprehensions de la venue des Hurons qu'on leur promettoit en bref, non qu'ils ne fussent bien ayse d'avoir leurs castors, mais à raison de 15 ou 20 François qu'ils avoient avec eux, lesquels leur seroient à charge & fort onéreux pour leur peu de vivres. C'est sans doute que l'on ne croyoit pas encor pour lors la venue des Anglois si prés de Kebec, puis qu'ils se soucioient si fort de la venue des François, & qu'on avoit esté dans les termes de contraindre Coliart gendre de la Dame Hebert, de charger dans des chalouppes deux pauvres femmes avec 4 ou 5 petits enfans dont le plus grand n'avoit pas de 8 à 9 ans pour les conduite à plus de six vingts lieuës de costes chercher des Navires pour les repasser en France.
A la fin nos Hurons arriverent avec nos Religieux & tous leurs François, qui furent receus le plus honnestement & courtoisement que l'on peut, & auxquels l'on fist part des biens aussi bien que des miseres de la maison. Le Truchement Olivier traicta des Hurons quelques sacs de bled d'Inde pour le fort & l'habitation, nous en eumes deux à nostre part & les RR. PP. Jesuites, ce qui leur en faisoit besoin pour eux & leurs gens, & puis on n'eust plus que faire de rien traicter, car les Anglois parurent bien-tost après, qui les mirent hors de leurs miseres, pour rentrer en d'autres.
Seconde arrivée des Anglois en Canada & des propositions qu'ils firent au sieur de Champlain pour avoir l'habitation & en chasser les François.
CHAPITRE XII.
UN Jeudy matin 19e jour de Juillet 1629, que l'on croyoit l'ennemy plus esloigné, arriva fortuitement de Tadoussac au logis des RR. PP. Jesuites le fils d'un Sauvage nommé la Nasse autrement Manitoucharche, cabanné proche la maison desdits Peres & leur dit que trois Navires Anglois paroissoient proche l'Isle d'Orléans une lieuë de l'habitation, & qu'il y en avoit encores six autres à Tadoussac, dequoy le sieur de Champlain avoit esté adverty per une autre voye.
Le Père Joseph qui eue aussi le mesme advertissement s'en alla promptement à Kebec avec l'un de ses Religieux, pour sçavoir du sieur de Champlain & des autres Chefs ce qui seroit bon de faire, mais comme ils furent advancez environ la moitié du chemin, ils rencontrerent le R. Pere Brebeuf avec ordre des sieurs de Champlain & Du Pont, que tous se rendissent promptement dans le fort, ce qui fut fait non toutesfois sans quelque contradiction, car personne ne desiroit quitter sa maison & laisser là tout à l'abandon, sans voir de plus grandes preuves.
Et en attendant que les Anglois envoyassent sommer la place tous les soldats & mattelots se disposerent au combat, avec resolution de bien faire, car à ce qu'on disoit, il y avoit encore de la poudre pour tirer jusques à huict ou neuf cens coups de mousquets & seulement deux on trois volées de canon, qui n'estoit pas, veu l'assiete du lieu pour estre pris au premier jour.
Sur le flot, parut une chalouppe ennemie ayant un drappeau blanc, signal de sçavoir s'il y auroit lieu de seureté d'aller treuver les François, les sommer & sçavoir la resolution en laquelle ils estoient. Le sieur de Champlain en fit mettre un autre au fort, qui les fist approcher, car la courtoisie devoit estre réciproque. Estans arrivé un jeune gentil-homme Anglais mit pied à terre & ayant salué le sieur de Champlain luy presenta courtoisement une lettre de la part des freres du General Quer, qui estoient à Tadoussac dont la teneur s'ensuit.
MONSIEUR, en suitte de ce que mon frere vous manda l'année passée, que tost ou tard il auroit Kebec, n'estant secouru, il nous a chargé de vous asseurer de son amitié, comme nous vous faisons de la nostre, & sçachant tres bien les necessité extremes de toutes choses ausquelles vous estes, que vous ayez à luy remettre le fort & l'habitation entre nos mains, vous asseurant toutes sortes de courtoise pour vous & pour les vostres, comme d'une composition honneste, & raisonnable, telle que vous sçauriez desirer, attendant vostre responce nous demeurerons, Monsieur, vos tres-affectionnez serviteurs, Louys & Thomas Quer. Du bord de Flibot ce 19 de Juillet 1629.