De mesme que les petits garçons ont leur exercice particulier, & apprennent à tirer de l'arc les uns avec les autres, si-tost qu'ils commencent à marcher, on met aussi un petit baston entre les mains des petites fillettes, en mesme temps qu'elles commencent de se fortifier, pour les stiller & apprendre de bonne heure à piler le bled, qui est leur exercice plus rude, & estans grandelettes elles jouent aussi à divers petits jeux avec leurs compagnes, & parmy ces petits ebats on les dresse encore doucement à de petits & menus services du mesnage, & aussi quelquefois (chose deplorable) au mal qu'elles voyent commettre devant leurs yeux, qui faict qu'estans grandes elles ne valent rien pour la pluspart & sont pires (peu exceptées) que les garçons mesmes, se vantans souvent du mal, qui les devroit faire rougir & qu'elles n'ont pas commis pour se faire rechercher & admirer comme valeureuses desbauchées.
Les Montagnaites apprennent aussi ce qui est du mesnage, à faire les robes, les raquettes, les escuelles, ustencilles, vaisselles & autres petites jolivetez, peindre & faire des franges aux robes & nagent comme canars. Je loue nostre Seigneur, de ce que les Huronnes prenoient d'assez bonne part nos reprimandes, & qu'à la fin elles commencoient d'avoir de la retenue & quelque honte de leur dissolution, n'osans plus que fort rarement user de leurs impertinentes parolles en nostre presence, & admiroient en approuvant l'honnesteté que leur disions estre aux filles de par-deça, ce qui nous donnoit esperance d'un prochain amendement de vie, si les François qui estoient montez avec nous par une malice effrénée, ne leur eussent dit le contraire, diffamans & taxans meschamment l'honneur & la pudicité des femmes & filles de leur païs, pour pouvoir continuer avec plus de liberté leur vie infame & mauvaise, tellement que ceux qui nous devoient seconder & servir par bons exemples, à l'instruction & conversion de ce peuple, estoient ceux-là mesme qui nous empeschoient & destruisoient le bien que nous allions establissans. Il y en avoit neantmoins quelqu'uns de tres honnestes & discrets, lesquels s'ils faisoient du mal, il ne venoit pas à nostre cognoissance, & n'esclatoit point en publique.
Tous les peuples infidelles & barbares, ne sont point neantmoins tous tellement abrutis dans le mal & si plongé dans l'horreur du vice, qu'il ne s'y en trouve encore quelqu'uns, qui observent les Loix de l'honnesteté & plus rigoureusement que les Chrestiens mesmes, bien que les premiers n'ayent aucune Loy, qui leur deffende le mal, & les derniers ayent les deffences expresses du Createur de ne le commettre pas.
L'un de nos François nommé Grenole, ayant esté à la traicte du costé Nord, en une nation esloignée environ cent lieues des Hurons, tirant à la mine cuivre, nous dit à son retour y avoir veu plusieurs filles, ausquelles on avoit couppé le bout du nés selon la coustume du païs, pour avoir faict bresche à leur honneur, (bien opposite & contraire à celle de nos Hurons & Canadiens, qui leur permet toute liberté,) nous asseura de plus avoir veu ces Sauvages, faire quelque forme de prieres avant que prendre leur repas qui estoit un prejugé, qu'ils recognoissoient & adoroient vrayement quelque divinité, à laquelle ils rendoient aussi action de graces aprés leur repas. Ceste disposition nous fist concevoir un grand desir d'y aller, si Dieu par sa divine providence n'en eut autrement ordonné, me renvoyant pour affaires en Canada, & de là en France pour Paris.
De l'excellence, de l'escriture. Des principes que nous en donnions aux enfans Hurons, de leur langue & de celle des Canadiens.
CHAPITRE XXI.
ENtre toutes les choses plus admirables du monde, l'escriture est digne de tres-grande admiration. Premierement pour son premier Autheur qui a esté Dieu mesme, secondement pour son utilité, Dieu en a esté le premier Autheur, comme les parolles qu'il tint à Moyse nous l'apprennent: monte dit le Seigneur, & vien me trouver sur la montaigne, là je te bailleray, deux tables de pierre: la Loy & les commandemens que j'ay escrits, afin que tu les enseignes aux fils d'Israël. Ce que Dieu avoit escrit estoit engravé dans les tables que Moyse, rompit puis aprés émeu de colere, lorsqu'il trouva les enfans d'Israël idolatrant aprés le veau d'airain. Depuis Dieu fit commandement à Moyse de renouveller les tables & d'escrire ce qui estoit contenu en celles qui estoient rompues, si bien que nous voyons par là, que c'est Dieu qui est Autheur de l'escriture, & que Moyse a esté le premier entre les hommes, qui a escrit, voyons de l'Imprimerie.
L'invention de l'Imprimerie en l'Europe, comme tient la commune opinion, a commencé en l'an de grace 1438. & est attribuée à un Allemand appellé Jean Guttemberg, & le premier moule dont on imprima se fit en la ville de Mayence en Allemagne, duquel lieu un autre Allemand nommé Conrad en porta l'invention en Italie, & que le premier livre qui s'imprima, ce fut un oeuvre de S. Augustin, lequel est intitulé De la Cité de Dieu.
Mais les Chinois peuples inventifs & des mieux polissez de la terre, s'attribuent avec quelque apparence de raison, l'honneur d'en avoir esté les premiers inventeurs, & que les peuples Germanicques ne l'ont sçeu qu'après eux, ou appris de quelqu'un d'eux. De mesme ils s'attribuent l'honneur d'avoir esté les premiers inventeurs de l'artillerie, car elle ne commença en l'Europe qu'en l'an 1330, par l'industrie d'un Allemand, Munster en sa Cosmographie liv. 7, dit en l'an 1354, par un Moine Allemand nommé Bertholde Sohonores.