4. Qu'on doit assister les malades, & ne souffrir de mandians, n'y aucun en disette sans luy faire part de ses biens.

5. De recevoir courtoisement les passans qui ne leur sont point ennemis, & de se rendre l'hospitalité reciproque.

6. D'avoir un grand soin des os des deffuncts, & de faire des presens pour le soulagement des ames en l'autre vie.

7. De n'entreprendre aucun voyage de long cours, sans en advertir les Chefs, & Capitaines, pour ne laisser les bourgs desgarnis de gens de guerre.

8. Qu'on puisse rompre un mariage quand les mariez ont rompu d'amitié, & que l'un des deux le desire ou procure.

9. Que personne ne s'impatiente ou fasche pour chose qui arrive, s'il ne veut estre estimé femme ou effeminé, sinon qu'il y allast de l'honneur des deffuncts qui ne se peuvent venger, ou tirer raison des offences.

Voyla tout ce qu'ils ont de plus recommandables en leurs maximes, & qu'ils observent avec plus d'affection & de soins; reste à deduire comme ils se gouvernent & comportent en leur conseil, qui est tel, que les anciens, et principaux de la ville ou du bourg, s'assemblent en un lieu avec le Capitaine où ils proposent & decident tout ce qui est des affaires de la communauté, non par commandement absolu, mais par supplications & remonstrances, & par la pluralité des voix, qu'ils colligent avec des petits fetus de joncs. Il me vient en resouvenir d'un beau traict que Varron raconte du Senat Romain, lequel a tousjours tenu en si grande veneration, la Religion que les faux Prestres leur enseignoient que toutefois & quantes qu'il s'assembloit, bien que ce fut pour affaires de grande importance, & qui requissent haste & diligence, la premiere chose qu'on y proposoit devant que decider desdites affaires, appartenoit à la religion, & veneration des Dieux; & voyla comme tous les Princes Chrestiens en devroient veritablement user dans leurs conseils, pour l'honneur & le respect qu'ils doivent au service nostre Dieu puis qu'ils se disent ses serviteurs; mais helas les maximes desquelles l'on se sert pour le jourd'huy sont bien différentes & contraires à celles du mesme Dieu: qui n'a plus de part dans le conseil des grands; où il n'est point invoqué.

Il y avoit à la ville de sainct Joseph le grand Capitaine de la Province des Ours, qu'ils appelloient Garihoua Andionxra pour le distinguer des ordinaires de guerre qu'ils appellent Garihoua doutagueta. Iceluy grand Capitaine de Province avoit encores d'autres Capitaines sous luy, tant de guerre, que de police, par tout les autres bourgs & villages de sa jurisdiction, lesquels en chose de consequence le mandoient & advertissoient pour le bien du public, ou de la Province: & en nostre bourg qui estoit le lieu de sa residence ordinaire, il y avoit encore trois autres Capitaines qui assistoient à tous les conseils avec les anciens du lieu, outre son Assesseur & Lieutenant, qui en son absence ou quand il n'y pouvoit vacquer, faisoit les cris & publications par la ville des choses necessaires & ordonnées. Et ce Garihoua Andionxra n'avoit pas si petite estime de luy-mesme, qu'il ne se voulut dire frère & cousin du Roy de France, & de mesme égalité, comme les deux doigts demonstratifs des mains qu'il nous monstroit joints ensemble, en nous faisant cette ridicule & inepte comparaison.

Or quand ils veulent tenir conseil, c'est ordinairement dans la cabane du Capitaine chef & principal du lieu, sinon que pour quelque autre raison particulière, il soit trouvé autrement expedient. Le cry & la publication du conseil ayant esté fait, on dispose dans la cabane, ou lieu ordonné, un grand feu, à l'entour duquel s'assisent sur les nattes, ou à platte terre, tous les Conseillers en suitte du grand Capitaine qui tient le premier rang, assis en tel endroit, que de sa place il peut voir tous ses Conseillers & assistans en face.

Les femmes & filles, ny les jeunes hommes n'y assistent point, si ce n'est en un conseil general, où les jeunes hommes, de 25 à 30 ans peuvent assister, ce qu'ils cognoissent par un cry particulier qui en est fait. Que si c'est un conseil secret, ou pour machiner quelque trahison ou surprise de guerre, ils le tiennent seulement la nuict, entre les principaux & plus discrets Conseillers, & n'en descouvrent rien que la chose projetée ne soit mise en effect, (s'ils peuvent) prenant pour prétexte de leurs assemblées de nuict, que c'est pour n'estre divertis par l'aspect d'aucune chose, & que le jour divertissoit leur esprit, par des objects, & par ainsi que l'on ne devoit s'estonner s'ils cherchoient l'obscurité pour voir clair à leurs affaires, plus difficiles à demesler pendant le jour.