La table est servie chez les fermiers. Hoffmann a disposé symétriquement le couvert. Il a réquisitionné une armée de bouteilles, bons vins pourpres, qui semblent rougir plus encore d'être la proie de l'ennemi.

Cependant que les officiers s'apprêtent à dévorer la dernière oie de la basse-cour, la fermière, le front à la vitre de la cuisine, a cru voir, décevant mirage, la silhouette d'un cavalier français traversant les jardins.

La voix impérative du commandant éclate:

—Depuis quand buvons-nous deux vins différents dans le même verre?

Les grosses mains rouges du cuisinier s'emparent de verres fins et sonores, aimable cadeau d'une aïeule fortunée, qui ne servirent pas depuis la première communion des filles.

Le commandant vitupère:

—Ces gueux cachent leur vin, leur or et leurs filles. Nos troupes ont traversé la France, au pas de parade; nous voici à quelques lieues de Paris, et nous nous arrêtons. Depuis huit jours, un vil peuple nous résiste.

Tu peux vociférer, commandant, la vieille se rit de tes menaces et de tes volontés; des ombres vengeresses entourent la ferme, des cavaliers, l'épée haute, traversent les avoines.

Dans la fumée des cigares et des vins, les Allemands virent à peine se lever le fer qui les abattit. Durant que la tête aux yeux révulsés du commandant roule dans les cendres du foyer, Un Tel, maigre, boueux et ravi, formule cette oraison funèbre:

—Il n'y aurait pas moyen de casser une croûte, la petite mère?