Témoignant de son désir de revenir à une vie simple, il disait encore à son fidèle compagnon Gustave, le Rempart de Calonne:

—Si je te rencontre un jour à Panam, avec ton haut de forme, tandis que je baladerai mon attelage, je te gueulerai: «Oh! eh! Gustave...» Et tu ne te retourneras pas, vieille cloche de mon cœur. Dame, ça t'ennuiera de jacter avec un mec qui aura un falzard de velours.

Un terme unique lui servait à flageller les lâches, les fainéants, les peureux, les faibles, les veilleurs qui dorment au créneau, les soldats qui n'ont pas l'amour absolu du devoir et le courage constant qu'il faut à la guerre:

—C'est des ordures!

Par un jeu cruel du hasard, le Pote mourut, obscurément, sous un bombardement formidable, à l'entrée d'une sape. Né pour les actions éclatantes, il fut enterré avec ses hommes, sans combattre. Et pourtant, lorsqu'il courait au danger, l'œil en feu, la tête haute et la jugulaire serrant son menton volontaire, on évoquait, à le voir, les fougueuses images de l'Empire où des cavaliers intrépides chevauchaient des boulets.

De toute cette vie splendide anéantie, demeure un souvenir clair et consolateur; mais une amertume se mêle à sa beauté, si l'on songe à la mère du mort, à ce copain qui avait souffert, pleuré, besogné pour que vive et grandisse le fils qu'elle adorait, le gars travailleur, solide et gai, qui fut un des plus beaux soldats de France.

TAP-TAP OU LA SERVITUDE MILITAIRE

Dans les gourbis empuantis, afin de distraire leur attente, les fantassins se narrent de fortes histoires où vit, implacable et souriant, l'humour français. A la 304, sur la position conquise, ceux que la mort épargna évoquent avec joie les innombrables mésaventures de Tap-Tap, un de ces cœurs inférieurs dont le destin fut de ne connaître, de l'existence militaire, que la vile servitude.

Gonflé comme une outre, l'œil rond, la trogne amarante, Tap-Tap était, avant la guerre, l'adjudant classique et redoutable, le Flick patibulaire immortalisé par Courteline, terreur du quartier, âme obscure et toujours irritée. En la période héroïque où nous vivons, il est demeuré l'éternel instructeur, le soliveau de l'arrière, régnant, au dépôt, sur un peuple effarouché d'auxiliaires et de bleuets. Néanmoins, Tap-Tap a mérité bien de l'honneur, car il égaya les escouades les plus affligées par le seul souvenir de ses exploits.

Dans la sape, le conteur aimé des copains, prenant l'attitude brisée de Tap-Tap bredouillant des phrases ridicules, obtient un bruyant succès.