—De la part de ses hommes. Vous lui direz que c'est un c...

Le gentil messager n'attendit pas la réponse.

Mais, la considération du commun importe peu, si l'on s'estime soi-même, et Mme Tap-Tap ne manque pas à cet orgueilleux devoir.

Entre deux lampées de gniole, les nouveaux venus au bataillon, évoquant la gloire de Tap-Tap, disent que l'heureux homme est maintenant sous-lieutenant; sa femme en est toute rubescente. Chez les commerçants, elle exulte.

Les dames des officiers sont réunies chez la bouchère. Il y a là une commandante arrogante, la capitaine, la trésorière, des lieutenantes. Mme la capitaine est une Parisienne distinguée, fine, élégante; elle accepte, sans trop de dédain, la fréquentation de l'épouse Tap-Tap. Ce ne sont que plaintes sur la hausse du sucre, le manque de beurre et l'imperfection des camemberts. Enfin, pour couronner cet édifice de récriminations, Mme Tap-Tap, croyant réunir les suffrages de ces dames, de conclure:

—Heureusement que nous autres, femmes d'officiers, on se dém...

La guerre fit de Tap-Tap un instructeur hors ligne. Nul mieux que lui ne sait conduire une patrouille d'avant-garde et organiser un secteur, en Bretagne. Il dispose ses forces dans les estaminets du voisinage et, lorsque le parti uhlan apparaît, si les Français, ivres de calvados, sortent en titubant, il s'écrie:

—Bravo! C'est une feinte. Ayez l'air d'être saouls pour mieux les surprendre.

Mieux encore: à l'aide d'un vieux cadre de bicyclette, d'une boîte à sardine emplie d'essence et d'un manche à balai, Tap-Tap recrée le plus exact des aéroplanes. L'infanterie approche silencieusement; l'aviateur met le feu à la boîte à sardines, les fantassins s'emparent du pilote.

Que si les bleus sourient de ces étranges manœuvres et les trouvent puériles, il leur en cuirait de le montrer, l'instructeur ne laissant pas que d'avoir la dent dure; à quelque godelureau qui, le voyant venir, se permit de crier: «Vingt-deux!» il répondit, fort habilement: