Voilà le premier Académicien que je vois !

C’est un petit homme sec, sec comme sarment de vigne, vendanges faites, avec de petits poils autour de la tête. Sa peau est si ratatinée, qu’on lui donnerait cent ans, mais il est encore droit, alerte, sanglé dans une redingote vert-bouteille, avec des galoches aux pieds, sans doute pour l’empêcher de s’envoler au premier coup de vent.

Il semble porter le costume de son premier drame, pantalon puce, redingote vert fané, gilet croisé, faux-col en collerette, gibus aux ailes retroussées.

Et ce vieillard-là fut enfant avec Musset, Hugo, Lamartine ! on dit que sur eux, il a mille détails à conter.

Berthe tremblait ; bonnement, pour la rassurer, et peut-être aussi pour mieux l’entendre, il lui a pris la main : Ar-ti-cu-lez mieux, mon enfant. Ses yeux, sous les paupières retombantes, l’encourageaient d’un si gentil sourire.

Nous aurions voulu être toutes à la place de Berthe. Mais je suis contente que ce soit elle qui ait recueilli les félicitations de M. Legouff, après une conférence très vive, solide, bien composée, sur les « Maures en Andalousie ».

Mme Jules Ferron, est-ce un hasard, n’assistait pas au cours. M. Legouff est parti avec M. Lepeintre, qui l’emmenait en « troisième année ».

Il nous a laissé une impression charmante, celle que ferait un bon grand-père, très savant, très illustre, qui aimerait à donner à ses petits-enfants d’adoption, le meilleur de son esprit, et un peu de son cœur.

Comme nous l’aimerons en « troisième année », puisqu’il ne vient à l’École, que pour aider de ses conseils les futures agrégées.

18 avril.